Presse et pouvoir au Cameroun: Le pays de Paul Biya muselle-t-il la presse?

Avant l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, le Cameroun a connu des années de monolithisme politique qui se sont caractérisées par un régime de contrôle strict appliqué aux organes d’information. La presse écrite, en particulier, a souvent été bâillonnée par les ordonnances des années 60, avec pour principaux goulots d’étranglement, la censure administrative, les tracasseries du régime d’autorisation et le regard inquisiteur des autorités administratives sur les sources de financement des journaux.Depuis le retour du multipartisme en 1990 et l’adoption de la Loi sur la communication sociale la même année, de grands changements ont été observés : le passage du régime d’autorisation, ô combien draconien, à celui souple et expéditif de déclaration, la suppression de la censure, la proclamation de la liberté de communication audiovisuelle, etc.

Toutes ces mesures d’allègement se traduisent dans les faits par une floraison des journaux au Cameroun. Environ 700 titres sont aujourd’hui enregistrés au Ministère de la Communication. La galaxie de la presse audiovisuelle est tout aussi florissante. La radiodiffusion n’est pas en reste. 36 stations communautaires sont implantées sur l’ensemble du territoire national ; une cinquantaine de radios commerciales se disputent les segments du marché publicitaire. Par ailleurs, six syndicats professionnels exercent leurs activités dans le secteur de la communication.

Cette liberté de la presse est manifeste dans le contenu des journaux qui sont devenus très critiques vis-à-vis du pouvoir. Mais il y a souvent des dérapages. Certes, les journaux créés ou animés par des professionnels formés à bonne école se distinguent par la maîtrise des techniques rédactionnelles et des règles déontologiques. Mais dans sa tenue générale, la presse privée a encore pour péché mignon la tendance trop marquée dans la diffusion des opinions, accordant peu de place à l’investigation et au sacro-saint principe de vérification des faits.

Au-delà donc du problème de formation et de professionnalisme, certains journaux ne semblent pas encore comprendre que la liberté de presse s’accompagne de responsabilités pour les journalistes. Autrement dit, un journaliste n’a pas le droit d’écrire ou de publier n’importe quoi au nom de la liberté d’expression. Il doit faire preuve de rigueur en se basant sur des faits, en vérifiant et en contre-vérifiant ses sources. Or, la course au sensationnalisme et au gain conduit certains directeurs de publication à ignorer ces principes. Ils insultent et diffament les gens. Ainsi, sans la moindre vérification et la moindre preuve, un journal peut décider de publier la liste des personnalités homosexuelles au Cameroun. Et ça s’est fait!

Les journalistes savent qu’ils ont le beau rôle. Si le pouvoir réagit, on l’accusera d’opprimer la presse. Ils peuvent ainsi passer pour des martyrs. Mais il y a mieux : en écrivant quelquefois n’importe quoi sur les hommes au pouvoir, un journaliste, qui est un parfait inconnu ou un médiocre professionnel, a de fortes chances, s’il est inquiété, de devenir célèbre comme martyr. Ainsi, un journaliste irakien, dont personne n’avait entendu parler auparavant, est devenu du jour au lendemain une célébrité, pour avoir balancé un de ses souliers sur l’ancien président Georges W. Bush. Des exemples abondent au Cameroun où des journalistes ne comptent pas sur leur plume pour devenir célèbres, mais sur leurs capacités à «défier» le régime. Le pouvoir ne devrait-il pas éviter de tomber dans ce piège grossier?

Une réflexion au sujet de « Presse et pouvoir au Cameroun: Le pays de Paul Biya muselle-t-il la presse? »

  1. Entièrement d’accord avec vous sur le contenu de la presse aujourd’hui. Car nous journalistes avons cessé de relater simplement les faits vécus ou entendus comme le veut notre profession pour camper les hommes politiques et autres opérateurs économiques.

    L’information a été abandonné au profit des commentaires et autres analyses basés sur des faits très souvent erronés ou faux.

    Je voudrai signaler aussi que ces hommes qui veulent museler la presse aujourd’hui sont ceux-là même qui ont contribuer à l’éclosion des para journalistes dans le métier.

    Dans la mesure où lorsque l’on recrute de jeunes étudiants pour leur confier un outil dont on se sert pour détruire ses adversaires politiques et faire sa propre promotion, il faut s’attendre à ce que ce directeur de publication devienne un maître chanteur une fois qu’on l’aura laissé choir. Et qu’il s’en prenne aussi à celui ou ceux-là même qui l’ont fabriqué.

    les procureurs n’arrivent même pas à juger ceux qui sont en prison, mais on leur demande en plus de lire et de valider la publication des dizaines de journaux qui paraissent chaque jour.

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