Paul Biya engage-t-il vraiment le Cameroun sur une succession explosive?

M. Martin Stéphane Fongang a écrit un article qu’il a titré « Paul Biya engage le Cameroun sur une succession explosive ». J’avais répondu à cet article sur le site même où il a été publié le 02 décembre 2009. Voir ici: référence. Je redonne ici le contenu de ma réponse.

Pourquoi faut-il toujours que dans notre pays, quand on se lance dans la critique, tout soit noir ou blanc? Pourtant, dans la réalité, rien n’est aussi simple, car ce n’est jamais tout blanc ou tout noir? À moins de faire preuve de mauvaise foi, comment peut-on affirmer que tout ce qui s’est passé durant les 27 dernières années au Cameroun, sous le règne du Président Biya, aura été négatif? Sans se lancer dans une interminable énumération, on peut citer quelques réformes qui ont eu un impact positif sur la vie des Camerounais. Ainsi, la démocratisation de la vie publique a complètement remodelé l’espace public et social. Après la dictature du parti unique pendant 24 ans, l’avènement du multipartisme a redynamisé la vie politique. C’est dans ce contexte de démocratisation que la presse, aujourd’hui beaucoup plus libre, anime le débat et le jeu politiques à travers une floraison de journaux et de médias audiovisiuels.

Au plan économique, le pays poursuit l’assainissement de ses finances publiques, soutenu dans ses efforts par des institutions internationales comme la Banque Mondiale et le FMI. Les pouvoirs publics ont déclaré la guerre à la corruption. Ainsi, depuis le lancement de l’opération Épervier en 2006, c’est la fin de l’impunité pour tous les gestionnaires coupables de détournement de deniers publics. Ceux-ci sont arrêtés et condamnés à de lourdes peines par la justice.

Alors, de quelle faillite économique parle-t-on? Certes, des entreprises d’État en difficulté ont été privatisées. Mais très sérieusement, peut-on conclure, à partir de la «faillite des entreprises publiques », qu’un pays est en faillite? N’est-ce pas trop court comme déduction? Les entreprises d’État ont connu des problèmes dans la plupart des pays africains. On en connaît les raisons : après les indépendances en Afrique, devant la faiblesse du secteur privé, les États ont dû s’impliquer dans le secteur productif. Et quand c’est l’État, on le sait, certains gestionnaires des entreprises publiques ont tendance parfois à faire n’importe quoi. Quand ça allait mal, l’État renflouait les caisses. Sauf qu’à la fin des années 80, la plupart des pays africains ont été frappés de plein fouet par la crise économique. Sous la pression de la Banque mondiale et du FMI, ils ont dû privatiser ces entreprises publiques. Ce n’est donc pas un problème propre au Cameroun. La Côte d’Ivoire, qui est citée comme exemple, a été parmi les premiers pays africains à privatiser. Il faut donc savoir : qu’est-ce qu’on critique? La privatisation ou la manière dont s’est faite la privatisation des entreprises publiques?

M. Martin Stéphane Fongang affirme que le Cameroun est incapable d’attirer des investisseurs capables de créer de véritables emplois. Je ne sais pas dans quel monde il vit, mais par les nouvelles, nous apprenons tous les jours que des investisseurs chinois, indiens, canadiens et européens se bousculent au Cameroun. Quand ils investissent par exemple 655 millions de dollars pour les travaux en eau profonde de Kribi, vous pensez vraiment que ça ne crée pas des emplois? Et au nom de quelle logique devrait-on repousser les investisseurs dans le secteur minier? Pourquoi M. Fongang ne veut-il pas que l’on exploite ces richesses qui pourraient contribuer au bien-être des Camerounais?

Par ailleurs, M. Fongang affirme que «l’opération Épervier nous montre aujourd’hui que le président Biya était entouré d’une mafia plus encline à piller les richesses de notre pays qu’à les gérer pour le bien-être de tous les Camerounais». Il oublie d’ajouter que l’opération Épervier nous apprend aussi que le Président Biya a déclaré une guerre sans merci à «cette mafia » et que c’est une grande première au Cameroun.

Je suis enfin surpris et déçu de constater que M. Fongang a écrit tout un article intitulé pompeusement : « Cameroun : Paul Biya engage le Cameroun sur une succession explosive » sur la base des rumeurs et des spéculations. D’un côté en effet, il prend pour argent comptant des spéculations sur un éventuel scénario de succession qui serait mis en place par le président Biya et qui permettrait aux Camerounais originaires du Nord de reprendre le pouvoir. Et de l’autre côté, il dit que selon «une folle rumeur », le président Biya aurait changé d’avis. Il dit une chose et son contraire. Et cela ne l’empêche de verser dans le sensationnalisme, en titrant sur une « succession explosive», qui n’existe pour le moment que dans son imagination et celle de ses sources.

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