A propos du texte d’Eugène Nyambal, «La génération du Président Biya doit passer la main»

En lisant ce texte clairement dirigé contre « la génération de Président Paul Biya », on remarque tout de suite qu’il est l’œuvre d’une personne aigrie, en colère et animée par une volonté de vengeance après la perte d’un poste très lucratif au FMI (Fonds monétaire International). On peut ainsi mesurer sa peine et son désespoir face à la perte d’un emploi qui offre de nombreux avantages financiers et en nature, mais est-ce une raison suffisante pour appeler ses concitoyens à la sédition, à la révolte contre le régime de Paul Biya, voire à la haine ethnique comme le fait Monsieur Nyambal ? La perte d’un poste doit-elle être synonyme d’un appel à la rébellion générale? Surtout lorsqu’on a déjà vécu des violences urbaines comme les émeutes de février 2008. Et je pense que tout Camerounais qui a eu à faire face à ces émeutes, serait d’accord avec moi pour dire : « plus jamais ça ».

Par ailleurs, M. Nyambal invite, dans ce texte qui ressemble étrangement à un programme politique, « la génération de Paul Biya à passer la main » au profit de la nouvelle génération dont il serait une sorte de Messie. Est-ce là une déclaration de candidature pour la prochaine élection présidentielle ou une simple dénonciation du manque de transparence électorale? Est-ce une diatribe contre l’ethnocentrisme ou un réquisitoire contre la gérontocratie au pouvoir, classe grâce à laquelle et pour laquelle il a si longuement travaillé dans la haute finance internationale? Pourquoi si M. Nyambal est candidat, il ne l’assume pas en déclarant simplement sa candidature? À ce propos, son programme de Refondation sociale pour la Troisième République ne brille pas par son originalité. Rien de tout ce qui y mentionné ne relève de l’inédit, c’est du déjà vu et entendu.

Il écrit également avoir «passé une longue carrière au sein d’une institution financière internationale dans laquelle pendant près de quinze ans, [il n’a eu] cesse de faire des suggestions pour le décollage et la croissance de notre pays. Au cours de ces années,  [où il a] servi l’Afrique et le Cameroun en particulier avec patriotisme et un sens élevé du devoir». On est alors étonné de constater que le Cameroun n’ait pas économiquement avancé plus que ça, pour devenir un « dragon d’Afrique ». En même temps, comment aurait-il pu en être autrement dans la mesure où sa lettre avec une citation telle que la «médiocrité ethno-gérontocratique qui constitue aujourd’hui un frein majeur à l’amélioration des conditions de vie des Camerounais. », laisse transparaître et présager quel type de travail il a pu fournir pour son pays et le régime de Paul Biya qui, quoi qu’on en dise, lui ont tout de même accordé la faveur de travailler pour une des plus grandes institutions financières internationales.

Après, la suite de ses propos prend des allures métaphoriques du guide éclairé qui s’adresse à son peuple pour déclamer publiquement qu’après son départ du FMI, c’est l’impasse pour le Cameroun, le chaos, la fin de la croissance économique, le début «des rêves brisés, des espoirs trahis, des vies volées, des destins confisqués; tout se passe comme si le peuple camerounais était condamné à une fatalité qui lui coupe les ailes et rend illusoire toute aspiration à une vie décente». C’est tout de même étonnant un tel acharnement, notamment de la part d’une personne qui avait justement pour tâche, la défense du dossier économique de son pays auprès des institutions financières internationales et devant les clubs multilatéraux d’octroi de crédits bilatéraux. Pourquoi avoir attendu maintenant pour parler de tout ça? Il ne va pas nous faire croire qu’il ne vient de découvrir les problèmes du Cameroun que maintenant. C’est un peu facile de s’en prendre à ce système qui a parrainé son ascension à cette prestigieuse fonction, de crier au complot, à la trahison.

M. Nyambal prend à témoin la jeunesse camerounaise et la diaspora qu’il brandit comme le paravent de son action. Mais qu’a-t-il fait durant ses années de gloire au FMI, pour cette jeunesse qu’il tente d’instrumentaliser à son profit? Le sieur Nyambal parle de leur précarité sociale, mais combien a-t-il fait recruter au FMI ou ailleurs? Il se sert de cette jeunesse lorsque ça l’arrange. En quoi est-il différent des autres?

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