Opération « Épervier » : Paul Biya déclare la guerre à la corruption

Il ne se passe pas une semaine sans que les médias camerounais ne parlent de l’opération « Épervier » ou « mains propres » lancée par Paul Biya en 2006. Symbole de la lutte contre la corruption, elle s’inscrit dans le cadre de l’action politique du président camerounais. Cette politique de tolérance zéro envers les personnes accusées de détourner des fonds publics a véritablement commencé à se concrétiser à la fin des années 1990 et milieu des années 2000 avec la tenue d’un certain nombre de procès retentissants de hauts responsables de l’État.Après avoir lancé plusieurs mises en garde, Paul Biya a donc été obligé de monter au créneau en intensifiant son combat avec la mise en place de cette opération « Épervier ». Cette dernière a d’abord eu une phase préventive avant de passer à la phase répressive que l’on connait aujourd’hui. Ainsi, en janvier 2006, une campagne de sensibilisation aux méfaits de ce fléau pilotée par l’Observatoire national de lutte contre la corruption, a été organisée dans le but d’informer et de sensibiliser toutes les couches de la société camerounaise aux ravages qu’il provoque. Le cadre juridique et institutionnel de cette lutte a également été renforcé grâce à deux textes de lois, le décret du 11 mars 2006 et la loi du 25 avril de la même année. Le premier a permis la création de la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), organisme chargé de recueillir, centraliser et exploiter les dénonciations et informations sur les pratiques, faits ou actes de corruption; d’en identifier les causes afin de proposer des mesures permettant de l’éliminer dans tous les services publics ou parapublics. Le second texte de loi relatif à la déclaration des biens et avoirs, pris en application de l’article 66 de la Constitution, détermine quant à lui une catégorie de personnels de l’État assujettie à l’obligation de déclarer leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction.

Cette campagne anti-corruption a ensuite connu un coup d’accélérateur avec de nombreuses interpellations, jugements et condamnations à de lourdes peines de prison de plusieurs personnalités publiques, y compris des proches et collaborateurs du pouvoir. Les événements de ces dernières années nous ont ainsi prouvé que personne n’était à l’abri d’une condamnation dès lors que sa culpabilité était établie. Le président Paul Biya a toujours été clair à ce propos, personne ne devrait espérer bénéficier de sa protection.

D’après l’Union Africaine, la corruption coûte 150 milliards de dollars par an au continent et conduit selon la Banque africaine de développement, à la perte de 50% des recettes fiscales. Et comme l’a souligné le président américain, Barack Obama, lors de son discours à Accra, au Ghana, le 11 juillet 2009, le développement en Afrique ne saurait être possible sans une bonne gouvernance. Il s’agit, selon lui, d’une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter car comme il a si bien dit, « personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption ». Au Cameroun, la corruption avait atteint un niveau tel qu’il était plus que nécessaire de l’éradiquer pour assurer la survie et le développement du pays. C’est donc naturellement que Paul Biya a obtenu le soutien des pays comme les États-Unis dans son combat contre la corruption. Un soutien qui lui a d’ailleurs valu les critiques de certains membres de l’opposition, qui l’accusent d’agir sous les ordres des bailleurs de fonds et des institutions internationales.

Quoi qu’il en soit, l’opération « Épervier » a au moins le mérite d’avoir contribué à changer profondément les mentalités des Camerounais. En effet, nombreux sont ceux qui désormais, n’osent plus afficher un train de vie ostentatoire sans rapport avec leurs revenus réels. Ainsi, les voitures de luxe se font de plus en plus rares dans les rues camerounaises et il y a de moins en moins de construction de villas. Cette campagne « mains propres » a donc réussi à installer quelque chose de complètement inédit dans la société camerounaise, notamment dans les hautes sphères de l’État et les entreprises publiques, la peur de la justice. En ce sens, on peut affirmer que l’opération « Épervier » a eu véritablement un impact positif sur l’opinion publique, en particulier depuis l’annonce, par le gouvernement, de l’aide apportée par certains « pays amis » qui ont promis de localiser et rapatrier les fonds détournés et cachés dans leurs banques. C’est le cas des États-Unis qui se sont engagés auprès du président Paul Biya, par le biais de son ambassadeur, Janet Garvey, d’aider son gouvernement à recouvrer « les biens mal acquis » cachés dans leur pays. Il est très probable qu’ils l’aident également à extrader les nombreux Camerounais qui se sont réfugiés là-bas afin de fuir les poursuites judiciaires.

En outre, le gouvernement a annoncé que certains détenus, notamment les auteurs présumés des actes de détournement les moins graves, peuvent bénéficier d’une mesure d’abandon de poursuites judiciaires ou de condamnation des peines de prison, en échange de leur engagement à rembourser l’argent détourné. Il s’agit d’une négociation qui, selon le code pénal, reste à l’appréciation du procureur de la République. Avec toutes ces mesures, Paul Biya et son gouvernement espèrent voir revenir dans les caisses du trésor public une partie de nombreux fonds détournés.

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