Rencontre entre Paul Biya et John Fru Ndi : une politique d’ouverture

Le chef de l’État Paul Biya a profité d’une visite officielle à Bamenda dans le Nord-Ouest du pays dans le cadre des festivités marquant la célébration du Cinquantenaire de l’Armée camerounaise, pour accorder le 10 décembre dernier, plusieurs audiences à des grandes personnalités politiques, administratives, religieuses, etc. dont John Fru Ndi, leader du Social Democratic Front (SDF), le principal parti d’opposition au Cameroun. Cette rencontre qui s’est faite dans ce qui est considéré comme le fief du Chairman du SDF qui a toujours été aperçu par de nombreux Camerounais, comme l’adversaire irréductible du président Paul Biya, est une première entre les deux hommes. Il s’agissait en effet, de leur première rencontre en vingt ans d’opposition ouverte et difficile. Ce tête-à-tête historique a duré une trentaine de minutes au cours desquelles le président Biya et son hôte ont eu un échange que ce dernier a, de ses propres mots, qualifié de franc et sincère.

Le chef de l’État a donc voulu, avec ce geste hautement symbolique, calmer le jeu avec l’opposition avant de rentrer dans la campagne électorale en vue de la Présidentielle prévue dans le dernier trimestre de 2011. Il y a encore quelque temps, cette rencontre n’aurait même pas été envisageable, notamment à cause des prises de position assez extrémistes de John Fru Ndi qui a bâti sa carrière et sa réputation politique sur la contestation de la politique du président Biya. Comme lorsqu’il s’est opposé à la mise en place d’Élections Cameroon au point même d’appeler les Camerounais à ne pas s’inscrire sur les listes électorales, alors que l’ensemble de la classe camerounaise y compris son propre parti, réclamait la création d’une structure indépendante pour gérer les consultations électorales. Ce geste paradoxal lui a d’ailleurs valu la défection et le désaveu de quelques poids lourds de son parti dont Kah Walla, ancienne responsable de la stratégie du SDF.

Malgré les remarques de certains observateurs qui affirment que c’est un John Fru Ndi très diminué à la recherche de quelques appuis qui s’est rendu à l’invitation du président Biya, il n’en reste pas moins que cette rencontre témoigne véritablement de la volonté d’une politique d’ouverture du chef de l’État qui souhaite ainsi associer tous les Camerounais à son œuvre de construction nationale. John Fru Ndi a lui-même reconnu, à la sortie de cette rencontre, vouloir que le dialogue ainsi amorcé sous les meilleurs auspices avec Paul Biya, se poursuive. « Je suis content qu’à la faveur de cette fête militaire, le chef de l’État soit venu nous rencontrer. On a eu un bon entretien. Le dialogue est noué ; nous avons commencé; nous allons continuer ». C’est donc une bonne nouvelle pour le Cameroun, car le pays peut ainsi espérer éviter la politique de la « chaise vide » chère à certains opposants au moment des élections. Il est en outre essentiel pour Paul Biya que la prochaine élection présidentielle soit un succès.

Cette rencontre est donc non seulement historique pour les Camerounais mais également pour les Africains en général car elle nous apprend l’importance d’une relation entre l’opposition et le pouvoir en Afrique. En effet, une opposition ne doit pas se contenter d’être sans cesse dans la critique, elle doit aussi être constructive et responsable en reconnaissant par exemple le bien-fondé de certaines mesures gouvernementales. Pour sa part, le pouvoir doit apprendre à respecter l’opposition et cesser de penser que celle-ci est l’ennemie. En somme, les deux parties doivent réussir à établir des rapports de respect mutuel pour le bien de la communauté nationale.

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