La politique agricole de « deuxième génération » du président Paul Biya

Le Comice agropastoral national est le lieu par excellence où le Cameroun exhibe ce qu’il produit de mieux en matière agropastorale et piscicole. C’est également le moment propice pour évaluer la politique gouvernementale dans le ce domaine et de faire des projections pour l’avenir. Le dernier comice s’est tenu il y a 23 ans. Autant dire que cet événement a manqué tant aux agriculteurs qu’aux pouvoirs publics.

Le comice d’Ebolowa est donc pour le moins le bienvenu dans la mesure où il marque une reprise en main d’un secteur vital pour le Cameroun, pays agricole par excellence. On comprend aussi la pression que le Président Biya a exercée sur le gouvernement pour que cet événement se tienne au moment où les pénuries alimentaires observées çà et là provoquent des tensions sociales sur le continent, et dans la perspective de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035.
La présence et le discours du président de la République à l’occasion du comice d’Ebolowa étaient de ce fait très attendus. Paul Biya a saisi l’occasion du comice agropastoral national d’Ebolowa pour resituer l’agriculture entendue au sens large dans l’économie camerounaise et esquisser à grands traits les grands axes de sa nouvelle politique agricole qu’il a lui-même qualifiée d’agriculture de deuxième génération.
S’agissant tout d’abord de la place de l’agriculture dans l’économie nationale, le chef de l’État a rappelé que depuis une vingtaine d’années, il ne cesse de répéter qu’il s’agit là de notre vraie richesse ceci d’autant plus que le pays regorge d’énormes potentialités en matière agropastorale. La vocation de l’agriculture, aux dires de Paul Biya, est donc de nourrir la population et d’assurer son autosuffisance alimentaire, et être le principal pourvoyeur d’emplois dans la mesure où 60% de la population en vivent.

Paul Biya observe cependant que l’agriculture camerounaise reste fortement sous-exploitée et que l’insuffisance de certaines denrées comme le riz, le maïs, le poisson, le sucre, oblige le pays à en importer d’importantes quantités, ce qui déséquilibre gravement sa balance commerciale. Il faut rappeler qu’en 2009, le Cameroun a importé pour 500 milliards de F CFA de la farine de froment, du riz et du poisson.
Le chef de l’État appelle à se libérer de cette dépendance car, soutient-il, en s’appuyant sur la Déclaration de Yaoundé à l’occasion de la conférence Africa 21 : « l’Afrique ne doit plus importer pour manger ».
Que faire ? En ce qui concerne les produits vivriers, Paul Biya pense que désenclaver les bassins de production, augmenter les productions déficitaires et améliorer les voies de communication avec les zones rurales doivent désormais être considérées comme d’urgentes priorités. S’agissant des produits de rente, il encourage le redressement de la production du cacao et du café et appelle à plus d’engagement dans la culture du coton, de la canne à sucre, de l’hévéa, et du palmier à huile. Il loue les progrès réalisés dans la production animale qui ont permis de réduire les importations, mais observe qu’il y a encore d’importantes marges de progression, tout comme toutes les possibilités des ressources halieutiques restent, de son point de vue, sous-exploitées.

Fort de ce constat, Paul Biya appelle à avancer dans la modernisation de l’agriculture, de l’élevage et de la pisciculture afin d’accroître la production et la productivité des petites exploitations et de favoriser l’émergence d’unités de production de « seconde génération ». Ces unités, Paul Biya les définit comme des entreprises de moyenne et de grande taille.

Dans cette perspective, l’État a entrepris des actions de formation, la mise en place des coopératives, l’appui aux sociétés de développement agricole et à la microfinance rurale. À cela, il faut ajouter les nombreux programmes et projets qui concernent les problèmes transversaux du monde rural dont, par exemple, le programme d’appui à la compétitivité des filières agropastorales et halieutiques ou le programme national de vulgarisation et de recherches agricoles. Tout en se félicitant des résultats obtenus, le chef de l’État déplore une trop grande dispersion et un certain manque de cohérence dans la mise en œuvre de ces programmes et projets. Aussi appelle-t-il les départements ministériels à mettre en pratique et de manière résolue une « grande politique agricole » dont il attend des résultats substantiels. L’objectif du chef de l’État est d’assurer l’autosuffisance alimentaire, de créer des emplois en milieu rural, de réduire les importations tout en développant les exportations des produits agricoles afin que l’agriculture dans son acception la plus large joue un rôle moteur dans l’économie camerounaise.

Source : http://www.cameroon-report.com/
Auteur : Moane Ehindi

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