La diaspora et ses révolutionnaires

En règle générale, les immigrants africains qui décident d’aller refaire leur vie à l’étranger, le font essentiellement pour des raisons personnelles comme les études et le travail. Certains fuient leurs pays en proie à la guerre et aux catastrophes naturelles et ne sont que des simples réfugiés. Rares sont ceux qui le font pour des raisons purement politiques. En effet, cette diaspora compte très peu de véritables exilés politiques. Cependant, ces Africains une fois installés dans leur nouveau pays, se découvrent une vocation de révolutionnaire. Soudainement, ils s’aperçoivent que tout va mal dans leur pays d’origine et que l’incompétence des dirigeants en serait responsable. Mais fort heureusement pour leurs compatriotes, ils ont cette compétence dont manquent ces dirigeants pour bien diriger le pays et cela malgré le fait que la plupart d’entre eux n’ont aucun programme politique, hormis le slogan « ceux qui sont au pouvoir doivent partir ». Il s’agit là d’une rhétorique habituelle mais l’élément nouveau ici, c’est que ces pseudo révolutionnaires profitent des récents soulèvements dans le Maghreb pour demander aux peuples en Afrique subsaharienne d’en faire autant contre leurs dirigeants. C’est ainsi le cas d’une certaine catégorie de la diaspora angolaise et camerounaise.

Surfant sur la vague de révoltes qui ont frappé la Tunisie de Ben Ali, l’Égypte de Moubarack et actuellement la Libye du général Kadhafi, des Angolais de l’étranger ont lancé sur internet un appel anonyme à leurs compatriotes restés au pays, « à marcher dans tout l’Angola pour exiger le départ de « Zédu » -surnom donné au président José Eduardo dos Santos-, de ses ministres et ses compagnons corrompus ». Ils appellent à un rassemblement contre le pouvoir en place depuis 1979 dans la nuit du 6 au 7 mars 2011 à minuit sur la place de l’indépendance à Luanda, la capitale angolaise et dans le reste du pays. Aucune personnalité de la société civile ni de l’opposition ne s’est cependant publiquement ralliée à cet appel à manifester. Sans doute ne souhaitent-ils perdre leur temps et leur énergie avec ce type de mouvement fantaisiste car jusqu’à présent, seul un groupe Facebook qui ne compte pas plus d’une centaine de membres, a été créé pour l’occasion. De même, certains membres de la diaspora camerounaise en Europe ont également appelé les Camerounais à entrer en « révolution » contre le régime de Paul Biya. Mais, ce que ces hommes ignorent ou feignent d’ignorer, c’est que ces deux révolutions au Maghreb n’ont pas eu lieu sur appel de la diaspora tunisienne ou égyptienne à l’étranger. Il s’agissait de mouvements initiés spontanément de l’intérieur. De ce fait, au lieu de demander à leurs compatriotes de faire la révolution à leur place, ces soi-disant révolutionnaires devraient donc comprendre que celle-ci se fait sur le terrain et non loin à l’étranger où l’on ne risque rien. Pourquoi ne reprendraient-ils pas le chemin du retour pour se joindre à leurs compatriotes?

Par ailleurs, les révolutionnaires tunisiens comme égyptiens avaient trois principales revendications : la liberté d’expression et de presse, les emplois et une meilleure répartition des richesses nationales. En ce qui concerne le Cameroun par exemple, ces revendications n’ont pas lieu d’être parce qu’il s’agit des choses qui existent déjà plus ou moins. Tout d’abord, s’agissant de la liberté de la presse, cela fait un moment que les Camerounais peuvent s’exprimer librement, notamment au niveau de la presse; en témoigne la floraison des journaux privés. Le Cameroun comptait en 2008 près de 700 titres enregistrés au Ministère de la Communication, sans oublier le monde de la presse audiovisuelle avec ses nombreuses stations de télévision, dont une dizaine privées en plus de la chaîne publique nationale et la radiodiffusion avec ses 36 stations communautaires et la cinquantaine de radios commerciales implantées sur l’ensemble du territoire camerounais. Des médias qui ne ménagent aucunement le président Biya et n’hésitent pas à le critiquer. Ensuite, pour ce qui est de la question du chômage, notamment chez les jeunes, il s’agit d’un phénomène global à l’échelle mondiale qui touche même les pays industrialisés. Le pouvoir en est conscient et sait qu’il faut prendre rapidement des mesures pour cette jeunesse diplômée et formée mais au chômage. Cette question a d’ailleurs été au centre du discours radiotélévisé du chef de l’État camerounais, le 10 février dernier à l’occasion de la fête de la jeunesse. Un discours où Paul Biya a tenté de redonner confiance à la jeunesse camerounaise en proie au désespoir, en promettant 25 000 nouveaux emplois dans la fonction publique cette année 2011. Enfin, la répartition des richesses nationales passe avant tout par la lutte contre la corruption, une action politique déjà entamée depuis 2006 avec l’opération « Épervier » ou « mains propres » qui a déjà produit des résultats dans la société camerounaise grâce notamment à la tenue de nombreux procès retentissants qui n’ont épargné personne, pas même des hauts responsables de l’État (y compris les proches collaborateurs du président) qui ont été interpellés, jugés et condamnés à de lourdes peines de prison dès lors que leur culpabilité a été établie par la justice.

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