Affaire Bibi Ngota: Les élucubrations du Comité de Protection des journalistes

Un an après la mort de Bibi Ngota à Yaoundé au Cameroun presque jour pour jour, le Comité de protection des Journalistes (Cpj), basé à New-York aux États-Unis publie un communiqué sous forme de lettre adressée au Président Paul Biya et intitulé : « Un an après la mort de Bibi Ngota, le Cpj réclame la justice et des réformes ».

Dans un premier temps, ce communiqué prétend que Bibi Ngota a été arrêté « après avoir envoyé un protocole d’interview au Secrétaire-Général de la présidence du Cameroun sur son implication dans un présumé scandale de détournement de fonds publics à la société pétrolière d’État du Cameroun, la SNH ». Les personnes de ce comité n’ont vraisemblablement pas lu ce protocole. « Monsieur Laurent Esso, de Chancelier à la Direction du Cabinet Civil, la Justice en passant par la Défense et actuellement le Secrétariat général de la Présidence de la République. Pouvez-vous avoir l’honnêteté intellectuelle de nous faire part du vrai motif de votre rayonnement, n’occupant que des postes juteux : de la Compétence, de votre cursus scolaire ou des sectes? [… ] Parlant justement des sectes où vous exceller, il nous a été rapporté que vous propagez dans les salons feutrés de la Capitale, je cite Si je me retrouve ici au Secrétariat général de la Présidence à l’heure actuelle, après avoir occupé le poste de Directeur du Cabinet, cela n’est pas un fait de hasard et c’est plus tard que les camerounais « Comprendront. Que voulez-vous au juste insinuer par ces propos, pour un homme aussi réservé que vous?» : telles sont les premières questions de ce protocole. C’est à se demander si cet homme est journaliste ou procureur général de la République. Il enchaîne ensuite avec ce qui semble être plus un réquisitoire contre Monsieur Esso qu’un protocole d’interview : « Esprit maléfique : jusqu’où irez-vous ? ». Même dans le plus démocratique des pays, on ne saurait tolérer des propos aussi injurieux envers un haut responsable de l’État.

Toujours selon ce communiqué, Bibi Ngota aurait « péri en prison le 22 avril 2010, en raison d’un manque de soins médicaux malgré ses demandes répétées d’assistance ». Ce qui est loin d’être vrai dans la mesure où il a clairement été établi qu’il souffrait d’hypertension artérielle et qu’il avait été suivi par les services médicaux de la prison où il se trouvait. Et le rapport de l’enquête demandée par le chef de l’État, Paul Biya, suite au décès de ce journaliste a démontré qu’il était déjà malade à son arrivé en prison (il souffrait de hernie, de goutte et d’hypertension artérielle) et le bilan de santé effectué en prison a révélé qu’il était séropositif, ce qui a poussé les services médicaux à ouvrir un dossier médical à son intention et cela malgré ses réticences à être suivi par l’unité de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/Sida.

Enfin, contrairement à ce que pense le Cpj qui parle d’arrestation arbitraire, Bibi Ngota et ses comparses n’ont pas été détenus pour un quelconque délit de presse ou d’opinion, mais plutôt pour une affaire de droit commun, plus précisément pour faux et usage de faux. Faits que l’un des complices de l’affaire, Robert Mintya Méka, a par ailleurs reconnu dans une lettre d’excuses envoyée à Laurent Esso où il donne la preuve qu’il poursuivait clairement d’autres objectifs au moment où il a déposé ce protocole d’interview au secrétariat du SG de la PRC. Ce qui amène à un vrai débat de fond sur le journalisme d’investigation en Afrique. On ne peut donc pas parler véritablement de journalisme d’investigation dans ce cas précis car ces journalistes n’ont pas la patience qu’implique cette fonction. Ces types de journalistes sont plus portés par l’appât du gain et le sensationnalisme. Il s’agit là d’une insulte faite aux vrais journalistes d’investigation qui prennent vraiment le temps d’enquêter et vérifier leurs sources avant de diffuser des informations. Ces journalistes doivent comprendre que la liberté d’expression demande un certain degré de responsabilité.

Voici un lien où vous trouverez le texte complet de ce protocole tel qu’il a été envoyé

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