Cameroun : la presse en question

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai dernier, les journalistes et patrons de presse camerounais se sont donné rendez-vous à Douala, berceau de la presse camerounaise qui abrite la majorité des médias du pays, pour célébrer cet événement. Des festivités qui ont eu lieu en présence du ministre de la Communication Issa Tchiroma, accompagné de cinq autres ministres et anciens ministres, ainsi que des hautes personnalités politiques du pays. C’était l’occasion pour eux de montrer l’intérêt que le gouvernement de Paul Biya porte à cette célébration et au monde de la presse, mais surtout les efforts fournis depuis deux décennies en matière de liberté de la presse.

Le paysage médiatique camerounais a connu en effet une véritable révolution depuis l’arrivée au pouvoir du président Paul Biya, notamment avec la promulgation des deux grands textes de loi que sont la Loi du 19 décembre 1990 (relative à la communication sociale) et le Décret du 3 avril 2000 (fixant les conditions et les modalités de création et d’exploitation des entreprises privées de communication audiovisuelle). La Loi de 1990 a mis fin à la censure, en particulier grâce aux amendements de 1996 et à la proclamation de la liberté de communication audiovisuelle brisant le monopole d’État dans le domaine de la radiodiffusion-télévision au Cameroun. Ces textes de loi ont également initié le passage du régime d’autorisation très rigide à celui plus souple et expéditif d’une simple déclaration écrite à faire par les promoteurs de journaux auprès du préfet de département avant la première publication.

Toutes ces mesures d’allègement ont ainsi favorisé l’apparition de nombreux journaux dans le pays qui comptait en 2008 pas moins de 700 titres enregistrés au Ministère de la Communication. De même, le monde de la presse audiovisuelle a aussi assisté à la création de plusieurs stations de télévision, dont une dizaine privées, en plus de la chaîne publique nationale, Cameroon Radio Television (CRTV). Quant à la radiodiffusion, elle a vu naître 36 stations communautaires implantées sur l’ensemble du territoire camerounais et une cinquantaine de radios commerciales se disputant le marché de la publicité. Mais, le président Paul Biya ne s’est pas seulement contenté de libéraliser le paysage médiatique camerounais, il a également institué un fonds de soutien (estimé à 200 millions de F CFA par an) qui apporte une aide financière significative à un certain nombre d’organes de presse camerounais.

La célébration de cette journée mondiale de la liberté de la presse a permis, entre autres, de revenir sur un sujet qui fait débat au Cameroun, la responsabilité des journalistes, notamment les journalistes d’investigation. Avec l’agrandissement du paysage médiatique camerounais, on remarque aujourd’hui une rare liberté de ton qu’on n’a pas même dans les démocraties occidentales. En effet, nombreux sont les journalistes qui n’hésitent pas à lancer des attaques directes et acerbes contre la classe politique. La multiplication de tous ces organes de presses a donc entraîné l’apparition de « pseudo » journalistes n’ayant aucune formation professionnelle ou académique. D’où le problème de manque de crédibilité, de respectabilité et de déontologie qu’on remarque aujourd’hui dans la presse camerounaise, notamment privée. Les journalistes de ces médias, plus portés par l’appât du gain et le sensationnalisme, accordent ainsi peu de place à l’investigation et encore moins au sacro-saint principe de vérification des faits et des sources avant la diffusion d’une information. C’est pourquoi dans son discours prononcé à l’ouverture de la célébration de cette Journée Monsieur Tchiroma, qui s’est dit porteur d’un message de paix du chef de l’État, leur a rappelé leur responsabilité en tant que « dépositaires de la paix et de la cohésion sociale dans le pays et […] gardiens de la nation ».

Dans ce milieu, beaucoup justifient cette tendance par le problème du manque de financement auxquels font face les organes de presse au Cameroun confrontés à l’étroitesse du marché publicitaire. Ainsi, par manque de moyens financiers, nombreux sont les radios et télévisions privées qui évoluent en marge de la réglementation en devenant par exemple, des radios ou télévisions « pirates » qui exercent sans licence. Conscient de ce problème et dans un souci d’apaisement, le gouvernement de Paul Biya a donc décidé de fermer les yeux sur ces pratiques.

Autre préoccupation des médias camerounais, la dépénalisation des délits de presse a aussi fait l’objet d’une discussion avec le ministre de la Communication qui a rappelé qu’à ce jour, « aucun journaliste ne se trouve en prison dans le cadre de l’exercice de ses fonctions » et qu’il était important de faire la différence entre les délits de presse qui sont les délits de droit commun et ceux commis par voie de presse pour lesquels des peines de prison peuvent être prononcées. Ce qui renvoie implicitement à l’affaire du journaliste Bibi Ngota mort il y a un an de suite d’une maladie alors qu’il était emprisonné à Yaoundé pour une affaire de droit commun, plus précisément pour faux et usage de faux. Faits que l’un des complices de l’affaire, Robert Mintya Méka, a reconnus dans une lettre d’excuses envoyée à Laurent Esso, secrétariat du SG de la PRC.

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