Cameroun : un tribunal spécial contre la corruption

Le gouvernement camerounais vient de déposer deux nouveaux projets de loi à l’Assemblée nationale lors d’une session extraordinaire, dont un portant sur la création d’un tribunal spécial pour lutter contre la corruption et le détournement des deniers publics entre autres. On peut donc constater que le président Paul Biya est plus que jamais déterminé à poursuivre la lutte contre la corruption entamée il y a quelques années avec l’opération Epervier. Il honore ainsi une de ses principales promesses électorale. En effet, le chef de l’État avait certifié pendant la campagne présidentielle, qu’il continuerait sans relâche à combattre ce fléau qui empoisonne la société camerounaise. « Je renouvelle mon engagement à poursuivre une lutte inexorable et sans merci contre la corruption », car il s’agit « d’un crime moral et économique » qui doit d’être traité comme tel, annonçait-il dans son discours de campagne le 6 octobre dernier à Douala.

La création de ce tribunal spécial constitue donc une suite logique à cette promesse qu’il s’efforce vraisemblablement de tenir et de respecter. Ce qui montre bien qu’il y a chez Paul Biya, une volonté d’aller plus loin que l’opération Epervier, cette campagne anti-corruption engagée au milieu des années 2000 qui s’inscrivait dans le cadre de la politique de tolérance zéro du président camerounais envers les personnes accusées de détourner des fonds publics. Elle a ainsi conduit à l’arrestation, au jugement et à la condamnation à de lourdes peines de prison de nombreuses personnalités y compris des membres du gouvernement et hauts responsables de l’État soupçonnés de détournements de fonds publics.

Une phase répressive qui a été précédée par une phase préventive avec plusieurs mises en garde à l’image de la campagne de sensibilisation sur les méfaits et les ravages provoqués par ce fléau pilotée par l’Observatoire national de lutte contre la corruption en 2006. Le durcissement de cette lutte a ainsi démontré que personne n’était à l’abri d’une condamnation dès lors que sa culpabilité était établie, ce qui a contribué à changer profondément les mentalités des Camerounais. Ainsi, nombreux sont ceux qui désormais n’osent plus afficher un train de vie ostentatoire sans rapport avec leurs revenus réels. Cette campagne « mains propres » a donc réussi à installer quelque chose de complètement inédit dans la société camerounaise, la peur de la justice. Avec ces nouveaux projets de loi, Paul Biya monte donc encore d’un cran dans son combat contre ce qu’il appelle les « détournements inacceptables ». Il est très clair qu’il souhaite passer à la vitesse supérieure en intensifiant encore plus sa politique de tolérance zéro. Aussi, ceux qui pensaient que ce serait un feu de paille, se sont lourdement trompés.

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