Lutte contre la corruption en Afrique : l’exemple camerounais

Le quotidien italien La Stampa épingle dans son édition en ligne du 9 avril dernier, le continent africain sur le thème de la corruption. Intitulé « Voyage dans la corruption africaine », l’article écrit : « En Afrique, la corruption est plus répandue que la Malaria ». Pourquoi le quotidien va si loin pour parler de la corruption alors qu’il a un bel exemple sous les yeux avec le cas de l’Italie qui est tout aussi intéressant?

Le Conseil de l’Union européenne (UE) a publié en 2009, via le Groupe d’États contre la Corruption (GRECO), dont l’Italie est par ailleurs membre depuis 2007, un Rapport d’évaluation sur ce dernier s’appuyant sur une étude effectuée en 2007 par le Haut commissariat contre la corruption. Ainsi, la corruption dans ce pays membre de l’UE est décrite comme un phénomène « largement répandu dans l’administration publique où il est encouragé par des particularités de l’appareil administratif italien, telles que des régimes de recrutement et de promotion qui pâtissent d’un certain manque de clarté et d’efficacité ». Selon ce rapport du Conseil de l’Union européenne comptant 22 recommandations, « l’étude du Haut commissariat cite également d’autres travaux de recherche qui soulignent qu’en Italie, la corruption est profondément ancrée dans différents secteurs de l’administration publique, dans la société civile ainsi que dans le secteur privé ». « Le paiement de pots-de-vin semble être une pratique courante », poursuit-il avant de conclure que  les interlocuteurs de l’équipe d’évaluation du GRECO (issus de la société civile et d’institutions gouvernementales) sont « nombreux à partager le sentiment que la corruption est un phénomène courant et généralisé qui touche la société italienne dans son ensemble ».

Par ailleurs, la même année 2009, la Cour des comptes italienne dans son rapport annuel, dénonçait également les délits de corruption qui ont augmenté de 229 % contre 153% pour les délits de concussion. De même, l’ONG allemande, Transparency International qui établit annuellement le palmarès des pays fortement touchés par la corruption et l’évasion fiscale, a épinglé l’Italie dans son rapport annuel publié le 1er décembre 2011. Noté sur une échelle de 0 (niveau de corruption perçue comme la plus forte) à 10, le pays a ainsi écopé d’un 3,9, ce qui lui vaut de figurer à la 69e place sur 182 pays. Les Italiens n’ont donc aucune leçon à donner à l’Afrique dans le domaine de la corruption, même si aucun Africain sur le continent ou à l’étranger ne nie ce problème. Cependant, beaucoup d’efforts sont faits pour y remédier, notamment au Cameroun où les autorités ont engagé depuis plusieurs années une lutte acharnée contre ce fléau qu’est la corruption.

Même si en matière de lutte contre la corruption, le Cameroun était déjà bien équipé sur le plan institutionnel avec la création d’organes spécialisés comme la commission nationale anti-corruption (CONAC) qui a pour mission de recueillir, de centraliser et d’exploiter les dénonciations et informations dont elle est saisie pour des pratiques, actes et faits de corruption, ou encore l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) et la Chambre des comptes de la Cour suprême, le président Biya a tenu à intensifier encore plus ce combat. Ainsi, après une première phase que l’on pourrait qualifier de préventive, les autorités camerounaises ont décidé de passer à la phase répressive avec le lancement en 2006 de l’opération « Épervier », cette politique de tolérance zéro envers les personnes accusées de détourner des fonds publics. Une opération qui s’est manifestée à travers les nombreuses interpellations, jugements et condamnations à de lourdes peines de prison de plusieurs personnalités publiques et hauts responsables de l’État, y compris des proches et collaborateurs du pouvoir. Personne n’était à l’abri d’une condamnation dès lors que sa culpabilité était établie.

Et Paul Biya souhaite aller encore plus loin en créant prochainement un tribunal spécial pour lutter contre la corruption et le détournement des deniers publics. Cela, d’autant plus qu’on constate que le combat engagé et les efforts ainsi fournis par Paul Biya au cours de ces dernières années, portent peu à peu leurs fruits. Pour preuve, le dernier classement officiel de l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2011 de Transparency International cité ci-dessus, place le Cameroun au 134e rang sur 183 pays. Le pays qui est passé du 146e au 134e rang sur un an (2010-2011), a gagné 12 places, obtenant ainsi son meilleur classement depuis son intégration à l’IPC (Indice de perception de la corruption) en 1998, année où il a été classé dernier de la liste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

quatre × 4 =