Cameroun : qui a dit que la liberté de la presse était inexistante?

Dans son édition du 18 avril dernier, le quotidien camerounais Le jour dans un éditorial intitulé « Du pain, pas du sang! », écrit : « Paul Biya n’est jamais allé aussi loin dans la célébration punitive de ses anciens collaborateurs. Dans l’histoire politique des États modernes, il n’y a que le stalinisme qui a fait pire dans la mise en disgrâce et la purge de ses anciens dignitaires… En décidant l’emprisonnement brutal de son ancien Premier ministre, Inoni Ephraïm, et de son ancien ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, le monarque de Mvomeka’a vient de sceller, dans le ciment du cynisme et du reniement de soi, la disqualification historique et définitive dont on hésitait encore à accabler le biyaïsme après 30 ans d’approximations, d’errances idéologiques, de tricheries électorales et de règne de l’indigence axiologique. »

De même, le journaliste Mohamadou Houmfa de l’hebdomadaire camerounais Emergence, écrivait récemment sur le mûr de son Facebook, le célèbre réseau social : « Paul Biya est très fort. Il vient encore de tromper tout le monde. Il a fait semblant de faire des réformes avec une fumeuse affaire de biométrie et de refonte des listes électorales. Il a fait organiser des consultations des partis politiques, de la société civile et des partenaires internationaux pour recueillir leurs propositions sur le code électoral. Au finish, il a envoyé un projet de code électoral qui n’a rien à voir avec ce que tout le monde attendait. Très fort ce type. Quand il mourra au pouvoir (le peuple et l’armée ne peuvent rien contre lui), on dira : voilà un homme extraordinaire qui a trompé tout un peuple tout le temps. Très fort ce type ».

Au vu de ces deux extraits de textes, qui oserait dire encore que la liberté de presse n’existe pas au Cameroun? En effet, contrairement à ce qu’affirment certains, la presse camerounaise, écrite comme audiovisuelle, jouit actuellement d’une remarquable vitalité et de liberté de ton, en particulier depuis l’adoption des lois de 1990 qui ont profondément modifié le paysage médiatique du pays. Un paysage complété aujourd’hui par la presse cybernétique. Ainsi, en 1990, à l’initiative du président Paul Biya, l’arsenal juridique camerounais subit un remodelage complet qui se traduit dans le domaine de la presse par le vote de la loi 90 du 19 décembre 1990 sur la communication sociale dont l’une des conséquences directes a été la suppression du régime d’autorisation au profit de la déclaration. Cette loi a également mis fin à la censure administrative préalable et au monopole de l’État sur les médias audiovisuels proclamant ainsi la liberté de la presse. Ainsi, les 600 journaux parmi lesquels une vingtaine d’hebdomadaires et quatre quotidiens privés (selon les statistiques du ministère de la Communication) que compte le Cameroun font désormais preuve d’une rare liberté de ton. Ils sont devenus la plateforme sur laquelle se déroule l’essentiel du débat public en permettant à la population d’y participer en toute liberté.

Il n’en a pas toujours été ainsi cependant. Rappelons qu’au lendemain de l’indépendance avec la célèbre ordonnance de 1962 qui a introduit la notion de subversion, les Camerounais ont assisté impuissants au musèlement de la presse qui s’est alors manifesté par la censure administrative. Ainsi, nombreux étaient ceux qui, habités par la peur, hésitaient à prendre la parole en public et à s’exprimer librement sur certains sujets. Il s’est même instauré, au sein de la corporation des journalistes, une politique de l’autocensure. Mais depuis les fameuses lois de 1990 qui ont donc consacré les libertés politiques et abrogé l’ordonnance de 1962, cette peur a fait place à une liberté qui frise parfois le libertinage.

En somme, la liberté de presse est bel et bien réelle au Cameroun, car tous ces journalistes qui aujourd’hui, critiquent et invectivent sans aucune retenue le pouvoir en place, en particulier le chef de l’État (comme on l’a vu ci-dessus), vont pouvoir recommencer demain sans craindre d’être réprimandés. D’une manière générale, les médias et l’ensemble des Camerounais se sentent ainsi, de nos jours, entièrement libres de parler de tout et partout. Incontestablement donc, la liberté de presse et de parole est un acquis au pays de Paul Biya.

 

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