« Opération Épervier » : règlement de comptes ou assainissement des mœurs publiques?

L’interpellation de l’ancien Premier ministre camerounais, Ephraïm Inoni, et de l’ex-ministre d’État, Marafa Hamidou Yaya, le 16 avril dernier dans le cadre d’une instruction concernant un détournement d’argent public, a fait la une de nombreux médias aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger. Certains ont qualifié la mise en détention préventive pour « détournement de deniers publics en coaction et complicité » de ces deux personnalités ayant occupé de hautes fonctions au sein de l’appareil étatique camerounais, d’épuration politique visant à éliminer les potentiels concurrents de la course à la succession à la tête de l’État. Alors même qu’il s’agit là tout simplement de la suite logique de la lutte engagée par le chef de l’État Paul Biya contre la corruption et le détournement des deniers publics.

Le président camerounais n’a en effet jamais cessé d’affirmer sa détermination à combattre ce fléau « sans complaisance, sans discrimination, indépendamment du statut social ou de l’appartenance politiques des personnes incriminées ». Dès les premiers moments de son accession à la tête de l’État camerounais, Paul Biya s’était ainsi engagé selon ses propres termes, à « la réduire à sa plus simple expression ». Et il est passé de la parole aux actes après une longue période de pédagogie commencée dès 1982 avec le grand dispositif institutionnel mis en place depuis, dans le but de réellement mener à bien ce projet d’Opération Épervier, comme l’a surnommée la presse. L’on peut ainsi citer la création en 2001 de l’Agence de Régulation des Marchés publics (ARMP) chargée de la régulation, du suivi et de l’évaluation du système des marchés publics; de l’Agence Nationale d’Investigation financière (ANIF) créée en 2005 avec comme mission de lutter contre le blanchissement des capitaux et le financement du terrorisme; de la Chambre des Comptes qui, depuis 2007, s’occupe de la régulation des comptes de l’Administration publique et de ses démembrements ou encore de la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) qui est chargée depuis sa création en 2006, de suivre et d’évaluer l’application effective du plan gouvernemental de lutte contre la corruption. Il est donc inutile de rappeler que le combat de Paul Biya contre la corruption ne date pas d’aujourd’hui.

En somme, il n’y a véritablement rien d’étonnant de voir le président Biya poursuivre et même intensifier sa lutte contre ce qu’il considère comme un crime, « facteur de discrimination sociale qui accentue les inégalités et mine la morale publique ». D’où sa volonté de le traiter comme tel en laissant entre autres le soin à la justice de jouer son rôle constitutionnel. Il est inadmissible pour le chef d’État camerounais de laisser « l’enrichissement illicite de quelques-uns appauvrir l’ensemble de la population », comme il l’expliquait dans sa profession de foi comme candidat à l’élection présidentielle. Car pour lui, ce crime économique qu’est la corruption, ampute dans de larges proportions les possibilités financières du pays en le privant de fonds nécessaires à ses réalisations, tout comme il est « responsable du retard dans la réalisation des projets indispensables au redressement économique » du Cameroun. Donc, cette opération mains propres ne vise nullement, comme certains l’on prétendu, l’élimination de quelque adversaire politique.

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