Lutte contre la corruption au Cameroun : un nouveau tournant

Le 11 juin dernier, le conseil de discipline budgétaire et financière camerounais a sanctionné des gestionnaires de la fortune publique. Le Recteur de l’Université de Yaoundé II, le Doyen de la faculté des Sciences économiques et de Gestion, et celui de la faculté des Sciences juridiques et politiques ont ainsi été reconnus coupables de fautes de gestion pour des faits qui se seraient passés entre 2006 et 2009. Chacun d’entre eux doit donc payer pour fractionnement des marchés publics, une amende de deux millions de FCFA pour avoir encaisser 162 millions de FCFA pour chacun des doyens et 61 millions FCFA pour le recteur. Ce phénomène de plus en plus important et récurrent est loin d’être l’apanage des gestionnaires d’universités. Il gangrène toute l’administration camerounaise. Nombreux sont en effet les dirigeants aujourd’hui qui accordent des marchés publics à leurs connaissances en faisant fi des règles des commissions de passation de marchés.

Jusqu’à présent, lorsque l’on parlait de la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics engagée par le chef de l’État Paul Biya, on faisait principalement référence à l’Opération Épervier, cette campagne de salubrité publique qui a conduit à l’arrestation de nombreuses personnalités y compris des membres du gouvernement et de hauts responsables de l’État. Il n’est ainsi presque jamais fait mention de l’autre facette de cette corruption, à savoir la corruption des « petits fonctionnaires ». Or, ce combat contre ces « petits poissons », certes plus discret, est aussi important. Il prend de plus en plus de l’ampleur. Preuve en est avec cette nouvelle circulaire signée le 19 juin dernier par le président Biya qui, selon lui, constitue une réforme.

Ce texte qui précise les modalités de passation, de contrôle et d’exécution des marchés publics, vise à accroître la transparence dans ce secteur, réduire les délais de passation des marchés publics, rendre les contrôles plus efficaces, etc. Concrètement, cette nouvelle circulaire accroît les pouvoirs du ministère des marchés publics chargé désormais de l’attribution des marchés. Une tâche qui relevait jusqu’ici de la compétence du premier ministre. « Le ministère en charge des Marchés publics est compétent pour le contrôle sur le terrain de l’exécution des marchés publics en cours de réalisation ou de démarrage qu’il s’agisse des approvisionnements, études, audits, maîtrises d’œuvres complètes ou partielles de routes, de bâtiments ou des équipements collectifs et autres projets structurants, tel que prévu par les dispositions sus-évoquées», souligne le texte de loi.

Il est donc clair qu’après le succès de l’Opération Épervier, Paul Biya, plus que jamais déterminé, compte désormais intensifier sa lutte contre la corruption dans ce secteur, honorant ainsi ses promesses électorales de continuer sans relâche à combattre ce fléau qui empoisonne la société camerounaise. « Je renouvelle mon engagement à poursuivre une lutte inexorable et sans merci contre la corruption », car il s’agit « d’un crime moral et économique » qui doit d’être traité comme tel, annonçait-il dans son discours de campagne le 6 octobre dernier à Douala. La mise en place par la douane camerounaise d’un numéro vert pour dénoncer les actes de corruption ou encore les manquements à l’éthique et à la gouvernance, est un parfait exemple de la nouvelle tournure que prend actuellement la lutte contre la corruption.

 

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