Hausse du prix du carburant au Cameroun : la paix sociale n’est pas menacée

« L’augmentation est, comme on le sait, inéluctable », reconnaissait en filigrane le ministre camerounais du Travail et de la sécurité sociale, Grégoire Owona lors d’une rencontre avec les syndicats et les associations de consommateurs le 1er août dernier. Devenue ainsi évidente, la hausse des prix du carburant à la pompe n’est pas une situation propre au Cameroun. Plusieurs autres pays africains, à l’image du Nigéria voisin, ont également été contraints de procéder à une telle hausse. En réalité, il s’agit surtout de supprimer la subvention allouée aux carburants.

Une récente étude de la Banque mondiale publiée dans « Africa’s Pulse », une analyse semestrielle des enjeux influençant les perspectives économiques du continent africain, a conclu que ces subventions aux prix des carburants dans les pays africains profitaient davantage aux riches qu’aux pauvres. Selon les résultats de cette étude, « ces subventions sont trop élevées et représentent une perte moyenne de 1,4% du produit intérieur brut pour chaque pays ». Ainsi, sur 25 pays, six ont dépensé en 2011, 2% ou plus de leur PIB pour ces subventions. Au Cameroun par exemple, l’État a dépensé selon le gouvernement, plus de 1000 milliards de F CFA depuis 2008, et pour la seule année 2012, cette subvention pourrait dépasser les 400 milliards de F CFA.
Cette question fait donc débat au sein des institutions internationales et bailleurs de fonds qui poussent les États africains à retirer cette subvention qui pèse si lourd sur leurs budgets. Pour ces institutions, prendre une telle décision devrait, entre autres,, aider à renforcer la viabilité de la dette et de la fiscalité. Une suppression qui naturellement se traduit par l’augmentation des prix du carburant. Sous la pression du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, le Ghana a ainsi augmenté les prix du carburant de 30% en janvier 2011, tout comme le Mozambique (10% en avril et 8% en juillet 2011) ainsi que la Guinée qui a, elle, opté pour la réduction de sa subvention. Au Nigeria, la mesure de suppression a été suivie des mouvements populaires et des tensions sociales qui ont duré des semaines car le prix de l’essence a doublé, parfois même triplé dans certains secteurs.
C’est exactement ce que veulent éviter les autorités camerounaises qui mesurent parfaitement le risque d’explosion dans le pays. C’est pourquoi elles tentent en privilégiant les concertations, la communication et la pédagogie avec le grand public via les responsables syndicaux et les associations de consommateurs, de prévenir une réaction négative qui pourrait être suivie de troubles sociaux. Une des priorités du gouvernement est donc de trouver les meilleures mesures d’accompagnement susceptibles de rendre cette hausse des prix du carburant supportable, en particulier pour les populations les plus vulnérables. Il a donc assuré que les prix du pétrole lampant, souvent utilisé par les populations rurales et les couches défavorisées, ainsi que ceux du gaz domestique, ne devraient pas être concernés par cette hausse. Le gouvernement ne veut surtout pas revivre les émeutes de 2008 provoquées par une tentative gouvernementale d’augmenter les prix des carburants vendus à la pompe. D’où le souci d’éviter coûte que coûte une telle situation qui déstabiliserait la paix sociale dans le pays, cela d’autant plus que certains syndicats ont commencé d’ores et déjà à appeler les populations à descendre dans les rues.
Il y a peu de chances qu’ils soient entendus. En effet, un sondage mené par le quotidien camerounais Cameroun Tribune, révèle que la campagne d’information menée par le gouvernement a porté ses fruits. Ainsi, la majorité des Camerounais, « compte tenu du poids de plus en plus lourd de la subvention des carburants dans le budget de l’État, sont favorables à sa réduction », tout comme « ils souhaitent que les économies réalisées soient investies dans la construction des infrastructures ».

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