Qui a peur du mouvement de Maurice Kamto?

Le lancement d’un nouveau mouvement politique le 13 août dernier au Hilton Hôtel de Yaoundé, a fait couler beaucoup d’encre cette semaine, surtout dans les médias. Il s’agit du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de l’ancien ministre délégué à la Justice, Maurice Kamto. Quelques minutes avant son démarrage, ce lancement a été interrompu par le sous-préfet de Yaoundé III, Albert Mekondane Obounou, qui a ordonné l’évacuation de l’hôtel, aux motifs que la réunion n’avait pas été déclarée tandis que l’ancien ministre soutenait qu’il n’avait enfreint aucune loi en vigueur.

Le meeting s’est malgré tout poursuivi dans l’obscurité, l’électricité étant coupé, les micros aussi. Il faut reconnaître que c’était un brin excessif comme réaction. Il n’était peut-être pas nécessaire d’aller jusque-là. Agir ainsi revenait presque à leur faire de la publicité gratuite, même au-delà du pays puisque des journaux comme Jeune Afrique et RFI installés à Paris ont repris en boucle cette information à cause de cette perturbation.

Aujourd’hui encore, les deux parties continuent à se renvoyer la balle, le MRC soutenant que le sous-préfet avait bel et bien délivré l’autorisation de manifestation pour ce lancement tandis que les autorités camerounaises reconnaissent dans ce qui a été présenté comme « une mise au point » le lendemain lors d’une conférence de presse, qu’Alain Fogué, l’autre fondateur du MRC, avait effectivement reçu l’autorisation de tenir ladite conférence mais qu’il a changé l’objet initial de la manifestation, qui s’est « plutôt transformée en une manifestation de lancement des activités d’une coalition de partis politiques ainsi que d’organisations et de personnalités de la société civile ». Et cela, alors qu’initialement, le nouveau mouvement politique avait annoncé que l’objet de cette manifestation porterait « sur le récent changement de dénomination du MRP en MRC ».

Ce à quoi Alain Fogué répond en affirmant « qu’il n’y a jamais eu de changement car personne ne peut le démontrer » après avoir affirmé : « On aurait dû attendre que la conférence de presse du 13 août se tînt pour constater le changement de l’objet initial de la manifestation. Comment est ce que la manifestation ne s’est pas tenue et qu’on oppose le changement de son objet ? »

Quoi qu’il en soit, Maurice Kamto et Alain Fogué ainsi que leur parti ne peuvent pas faire peur au gouvernement au point d’aller perturber leur réunion ou manifestation. Cela d’autant plus que l’orientation politique de ce mouvement est difficile à cerner. Pour l’instant, ce parti existe seulement sur papier. Il est donc difficile d’imaginer qu’il représente une réelle menace pour le pouvoir. Maurice Kamto le reconnaît lui-même dans l’interview qu’il a accordé à Jeune Afrique.com au lendemain de l’événement : « Il y a par ailleurs un vrai débat idéologique à parachever, les options et orientations du parti à définir. C’est d’ailleurs pour cette raison que certains partis politiques avec lesquels nous sommes en discussion, ne peuvent pas encore être mentionnés ».

Comment pourrait-on donc se battre contre quelque chose qui n’existe pas encore réellement? Pourtant, cela n’empêche pas certaines personnes d’affirmer au vu de cet incident, que le Cameroun n’est pas un pays démocratique mais plutôt un pays où l’on continue de violer les droits à la liberté d’expression et d’opinion des citoyens. Ce qui peut paraître insensé puisque le Cameroun est connu pour son pluralisme politique et médiatique.

En effet, en 1990, les Camerounais assistent au retour du multipartisme intégral avec la naissance de plus de 200 formations politiques. Puis, grâce à un arsenal juridique qui a subi au début des années 90, à l’initiative du président Biya, un remodelage complet, le pays compte aujourd’hui près de 600 journaux complétés par les médias audiovisuels et cybernétiques. On a ainsi assisté, dans le paysage audiovisuel, à l’émergence d’une cinquantaine de radios privées et une quarantaine de radios communautaires, en dehors de Cameroon Radio Television (CRTV), la chaîne publique, et en plus d’une dizaine de chaînes de télévision privées. Tous ces médias font preuve d’une rare liberté de ton. Ils sont devenus la plateforme sur laquelle se déroule l’essentiel du débat public en permettant à la population d’y participer en toute liberté.

Par ailleurs, le fait que le MRC ait obtenu l’autorisation d’organiser sa manifestation, n’est-ce pas là la preuve que cette liberté d’expression et d’opinion existe bel et bien au Cameroun? En outre, les deux parties reconnaissent que la réunion s’est tout de même poursuivie malgré la coupure d’électricité. Et Alain Fogué a promis que « le public aura droit à une conférence publique hebdomadaire ». Il reconnaît donc qu’il vit dans un État de droit où il peut organiser librement des manifestations et que les conditions de le faire existent. Dans le respect des lois en vigueur, bien entendu.

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