Cameroun : les élucubrations de Patrice Nganang

On remarque depuis quelque temps un phénomène de mode si l’on peut dire, qui consiste à prendre sa plume pour écrire à un président de la République pour lui donner des leçons de gouvernance, lui dire quoi faire, etc. sans même avoir une réelle expérience de la gestion et de la gouvernance politique. Ces quidams se donnent ainsi une importance qu’ils n’ont pas, ce qui nous fait bien sourire.
Mais, on sourit moins lorsque l’un d’entre eux demande à un président français de faire tomber un chef d’État africain, en l’occurrence Paul Biya. En effet, au lendemain de la victoire de François Hollande aux élections présidentielles françaises en mai dernier, un certain Patrice Nganang qui s’est présenté comme étant un écrivain camerounais a adressé un long courrier au nouveau chef de l’État français dans lequel il lui demande de l’aider « à déposer Paul Biya ». En lisant sa lettre, on ne peut s’empêcher de s’interroger : est-ce de la naïveté ou de l’irresponsabilité?
La naïveté consiste à compter sur un président étranger, en l’occurrence français, pour changer les choses dans son pays. Encore trop d’Africains, à l’image de ce monsieur, ont ce que certains appellent « la mentalité du colonisé » qui se traduit par une dépendance à l’ancienne puissance colonisatrice et qui consiste à penser que le changement tant attendu en Afrique, notamment dans les pays francophones, ne pourra s’opérer qu’avec le bon vouloir du président français en exercice. C’est en se basant sur une telle équation que cet « écrivain camerounais » s’est sûrement félicité de l’élection de François Hollande à la tête de l’État français tout en s’imaginant qu’il allait « l’aider » à exécuter son funeste plan. Cette idée que le salut du continent africain ne peut provenir que de la France, trahit effectivement la naïveté de cet individu qui va aller, à coup sûr, de déception en déception avec ce type de mentalité. Et cela d’autant plus qu’il le reconnaît lui-même : « Deuxième président socialiste de la cinquième république en soixante ans, votre victoire réveille des espoirs qui cependant demeurent encore sobres en Afrique à cause de ceux déçus par François Mitterrand ».
Par ailleurs, demander à un pays étranger de déposer un président démocratiquement élu, une élection que même les partis de l’opposition n’ont pas contestée, juste parce qu’on est contre lui, relève véritablement d’une irresponsabilité incroyable. En effectuant une telle requête, il cautionne ce que beaucoup combattent depuis des décennies, à savoir l’ingérence de la France dans les affaires de ses anciennes colonies. Il est ainsi en train de faire passer le message que les Français peuvent continuer à s’ingérer dans les affaires africaines quand ils veulent. En effet, il est dangereux de vouloir faire intervenir des puissances étrangères dans un État démocratique, l’on ne sait pas comment cela peut finir. Préconiser la violence ne peut être la solution car la déposition ne peut finir qu’ainsi.
En réalité, si ce monsieur était vraiment courageux et qu’il voulait que les choses changent dans son pays, c’est sur le terrain qu’il irait se battre pour ses idées. S’il voulait vraiment « faire la révolution », il irait à la rencontre de son peuple qu’il chercherait à mobiliser autour de son programme. En effet, n’est-ce pas plus facile de faire bouger les choses de l’intérieur?

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