Cameroun : L’Opération «Épervier» de Paul Biya doit se poursuivre

La Commission nationale anti-corruption (Conac), créée en 2008 pour lutter contre la corruption, a récemment publié son deuxième rapport sur l’état de la corruption dans le pays en 2011. Ce rapport qui succède à celui de la période 2008-2010, révèle que la cellule de renseignement financier du Cameroun a relevé des flux financiers suspects d’un montant de 10,5 milliards FCFA dans les banques camerounaises. Ces flux ont été rassemblés, selon la Conac, dans une quarantaine de dossiers liés « aux transactions du commerce extérieur, aux opérations de change et à l’octroi de crédits douteux ». Des opérations repérées aussi bien dans les banques publiques que privées et qui cachent « des pratiques de corruption, de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme ».

Ce rapport pointe donc du doigt les techniques de corruption, de détournements de deniers publics et de blanchiment d’argent qui ont connu des mutations nouvelles ces dernières années et sont devenues plus subtiles et pernicieuses, si bien que « la corruption reste et demeure une réalité vivace au Cameroun ». La Conac fait ainsi remarquer que des graves dysfonctionnements ont été constatés dans la réalisation des grands projets structurants. Des dysfonctionnements qui sont notamment relatifs aux études préalables effectuées dans le cadre du projet de construction du Barrage hydro-électrique de Lom-Pangar et à l’indemnisation des populations expropriées dans le cadre de la construction du Complexe industrialo-portuaire de Kribi. Elle révèle par ailleurs des cas de malversations effectuées dans le secteur des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières et qui ont trait à la délivrance des titres fonciers.

Il semble donc évident que la lutte contre la corruption doit non seulement se poursuivre mais aussi s’intensifier pour continuer dans sa bonne lancée de 2011 signalée par l’index de la corruption en Afrique et dans le monde qui indique que le Cameroun a gagné 12 points comparé à 2010. Et pour cause, le rapport de la Conac indique que « l’année 2011 restera gravée dans la conscience collective comme l’une de celles au cours desquelles l’actualité dans le domaine de la lutte contre la corruption aura été des plus fournies sous l’impulsion du Président Paul Biya ». L’on peut ainsi citer l’adoption par le gouvernement le 8 février 2011 de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption (SNLCC), la création d’un ministère des Marchés publics, l’intensification de la campagne d’assainissement de la morale publique connue sous le nom « d’Opération Épervier » et la création du Tribunal Criminel Spécial qui a permis l’accélération des procédures.

La lutte contre la corruption a toujours été une des grandes préoccupations du président Biya qui entend mener ce combat jusqu’au bout, quitte à lâcher d’anciens proches collaborateurs et pontes du pouvoir. Il n’a jamais cessé d’affirmer que nul ne bénéficiera de sa protection au cas où sa culpabilité serait établie. De nombreux dignitaires du régime et autres personnalités doivent ainsi répondre de faits de détournements et de mauvaise gestion des biens publics dans le cadre de cette opération de moralisation et d’assainissement de la vie publique.

Le tribunal de grande instance du Mfoundi à Yaoundé, a par exemple, condamné le 4 octobre dernier, Titus Edzoa, ancien secrétaire général de la présidence de la République à 20 ans d’emprisonnement ferme en plus de devoir verser plus d’un milliard de FCFA à l’État camerounais « en toute solidarité » avec son co-accusé Thierry Atangana, condamné à la même peine. Les deux hommes étaient accusés de détournements et de tentative de détournement d’une somme de 59,4 milliards de FCFA. Quelques jours auparavant, le 22 septembre 2012, Marafa Hamidou Yaya, lui aussi ancien secrétaire général de la présidence de la République, faisait face au même type de condamnation, soit une peine de 25 ans de prison. Il était poursuivi avec plusieurs co-accusés (Yves Michel Fotso, ancien administrateur-directeur général de la compagnie aérienne nationale Camair, Jean Marie Assene Nkou, homme d’affaires et Jean Louis Chapuis, DG de la Commercial Bank of Cameroon) pour avoir détourné 29 millions de dollars destinés à l’achat d’un avion devant servir aux déplacements du chef de l’État. Ils devront tous verser à l’État, la somme de 21,375 milliards de FCFA.

Ainsi, comme on peut le constater, personne, même pas les hauts responsables des administrations, n’est épargné. Ce qui démontre clairement la détermination de Paul Biya et des pouvoirs publics camerounais en général, à éradiquer un fléau qui a quelque peu freiné l’essor du Cameroun. Cette politique volontariste commence à porter ses fruits dans la mesure où cette opération « mains propres » ainsi engagée contre les auteurs présumés d’atteintes à la fortune publique a considérablement contribué à changer les mentalités dans le pays. Du fait de la menace qui pèse sur les gestionnaires indélicats, de nombreux Camerounais semblent aujourd’hui convaincus qu’il vaut mieux vivre pauvre et libre que riche et privé de liberté.

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