Cameroun : pas de justice à géométrie variable

Depuis un certain temps, à intervalles réguliers, une certaine presse française ne cesse d’appeler le président François Hollande à agir pour inciter son homologue camerounais Paul Biya à intervenir afin de faire libérer deux prisonniers sous prétexte qu’ils sont Français. Selon cette presse, ces Français, Michel Thierry Atangana et Lydienne Eyoum seraient victimes de la justice arbitraire. Ainsi, l’avocat parisien du premier a récemment déclaré à RFI (média français) qu’il « espère que le président Biya prendra (enfin) ses responsabilités dans cette affaire ». Quant à l’avocat de Lydienne Eyoum, il « redoute » que sa cliente fasse les frais de la « dette contractée par l’Élysée envers le président Paul Biya pour son engagement dans la libération, le 19 avril dernier, des otages Moulin-Fournier », cette famille française enlevée au Cameroun par la secte fondamentaliste nigériane Boko Haram.

Ces gens semblent oublier que les deux Franco-Camerounais ont été condamnés pour détournement de deniers publics dans des affaires relevant de droit commun dans un pays étranger. Michel Thierry Atangana a ainsi été condamné pour trafic d’influence exercé sur les dirigeants de la Sonara (Société nationale de raffinage) pour obtenir 400 millions de F CFA (près de 800 000 dollars) dans le cadre des travaux d’extension de son usine en 1995. Tandis que Mme Eyoum a été inculpée en 2010, pour avoir fait pratiquer une saisie-attribution d’une somme d’un peu plus de 2 milliards de F CFA (près de 4 millions de dollars) dans le compte de la Société Générale de Banque du Cameroun (SGBC) domicilié à la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC). Une somme que la BEAC a virée dans le compte personnel de Lydienne EYOUM, selon des documents officiels.

Ce ne sont aucunement des détenus « politiques », comme semble le souligner cette presse. Rappelons que selon Amnesty international, « un prisonnier politique est une personne emprisonnée pour avoir défendu ses opinions politiques de quelque façon que ce soit ». Quelles opinions Mr Atangana et Mme Eyoum ont-ils défendues pour se retrouver ainsi en prison? N’est-ce pas normal dès lors qu’on est accusé d’avoir commis un crime qu’on réponde de ses actes en étant jugé comme n’importe quel citoyen? C’est vrai qu’ils ne sont pas des citoyens comme les autres puisqu’ils sont Français ! Est-ce une raison valable ? Pourquoi ces deux prisonniers devraient bénéficier d’un statut particulier sous prétexte qu’ils sont Français? C’est à se demander si la justice est réellement libre en France car autrement, comment pourrait-on demander à un président d’intervenir pour faire changer une décision de justice à moins que les Français se placent au dessus des autres citoyens du monde? Ont-ils plus de droits que les autres? Leur notion de justice et de respect de droits de l’homme est à géométrie variable puisqu’elle ne semble fonctionner que lorsqu’un Français est concerné. Sinon, comment pourraient-ils penser que la justice est indépendante dans leur pays et qu’ailleurs, tout serait-différent?

On comprend dès lors le sentiment d’impunité de nombreux Français à l’étranger. Après tout, pourquoi respecter la loi d’un pays d’accueil quand on sait qu’au moindre problème, le président de la République française va intervenir auprès de son homologue pour nous libérer comme cela a été le cas avec Florence Cassez au Mexique. Cette ressortissante française a été condamnée à 60 ans de prison pour enlèvement, séquestration, délinquance organisée et port d’arme prohibée et qui a été libérée mais non innocentée en janvier dernier suite à la pression de l’opinion publique française et à une polémique entre la France et le Mexique. Les Français accusant la justice mexicaine d’être corrompue et donc non indépendante. La société civile et des responsables politiques mexicains avaient critiqué en retour l’attitude et les interventions publiques de personnalités politiques françaises, au premier rang desquelles Nicolas Sarkozy, alors président de la République en faveur de la condamnée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 × 2 =