Cameroun: combattre la corruption à tous les niveaux

L’un des grands combats du président Biya, la lutte anti-corruption caractérisée par l’opération Épervier, inclut désormais la prévention dans ses méthodes. Cité parfois parmi les pays perçus comme lesplus corrompus, le Cameroun a ainsi adopté depuis plus d’une décennie, diverses mesures de lutte contre la corruption en espérant éradiquer ce fléau qui empoisonne la société camerounaise. Parmi ces mesures, l’on peut signaler la plus connue, l’Opération Épervier, nom donné par les médias à cette vaste opération de lutte anti-corruption lancée par Paul Biya. L’Opération Épervier n’épargne personne, même pas les anciens proches collaborateurs et pontes du pouvoir. En effet, dès lors que l’on est accusé et condamné de faits de détournements et de mauvaise gestion des biens publics devant la justice, personne ne peut espérer une quelconque clémence. Et pour cause, le chef de l’État n’a jamais cessé d’affirmer que nul ne bénéficiera de sa protection au cas où sa culpabilité serait établie. Il a toujours fait savoir qu’il mènera jusqu’au bout ce combat contre la corruption.

Et pour ce faire, le pays s’est bien équipé sur le plan institutionnel avec entre autres, la création d’organes spécialisés comme la Commission Nationale Anti-Corruption (Conac). Cet organisme public indépendant dont lamission consiste principalement à recueillir, centraliser et exploiter les dénonciations et informations dont elle est saisie pour des pratiques, actes et faits de corruption, a aujourd’hui décidé qu’en plus de la fermeté des sanctions, il fallait inclure la prévention. Ainsi, son dernier rapport annuel tente de répondre à cette problématique en démontrant que, du fait de la communication et des programmes comme ceux dénommées « Initiatives à résultats rapides (IRR) », les choses commencent à changer dans plusieurs services publics.

Dans le secteur de la santé par exemple, l’objectif était de réduire fortement les cas de détournement en augmentant les recettes et le nombre de malades régulièrement enregistrés. Selon ce rapport de la Conac, « La fréquentation des 14 hôpitaux ciblés pour les deux phases d’IRR s’est respectivement accrue de 29,14% et de 26,14% et les recettes de 40,31% et de 99,73% ». Le document note également une diminution sensible des phénomènes de détournement des recettes, d’utilisation du matériel des hôpitaux publics à des fins privées et de vente illicite des médicaments dans ces hôpitaux. L’institution a été épaulée par les médias camerounais dont la contribution lui a permis de renforcer sa visibilité. La Conac a ainsi bénéficié de l’appui de nombreuses ONG et acteurs de la Société civile comme JADE Cameroun (Journalistes en Afrique pour le développement Cameroun) qui s’est engagée à produire et diffuser des informations dans les journaux, les radios et les chaînes de télévision nationales pour encourager les initiatives innovantes de lutte contre la corruption ou dénoncer les actes de corruption. « Cet impact se mesure à l’accroissement du nombre des requêtes et dénonciations de pratiques de corruption en provenance de tous les secteurs d’activités et de toutes les couches de la société », peut-on lire dans le rapport.

Par ailleurs, en plus de la Conac, l’État a créé en 2011, le Tribunal Criminel Spécial (TCS) dont il a renforcé les prérogatives en juillet 2012, « pour connaître des infractions de détournement de biens publics et des infractions connexes prévues par le Code Pénal et les Conventions Internationales ratifiées par le Cameroun, lorsque le montant du préjudice est de 50.000.000 FCFA au minimum ». De nombreuses personnes ont ainsi déjà été poursuivies par le TCS et condamnées. Le Conseil de Discipline Budgétaire et Financière (CDBF) du Contrôle Supérieur de l’État créé en 1997, et dont les pouvoirs ont été renforcés en 2008, prend également « des sanctions à l’encontre des agents publics, patents ou de fait coupables des irrégularités et fautes de gestion commises dans l’exercice de leurs fonctions, irrégularités et fautes ayant eu pour effet de porter préjudice aux intérêts de la puissance publique ».

Enfin, la lutte contre la corruption bénéficie aussi du coup de pouce de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) créée en 2005. Sa mission se résume pour l’essentiel à « recevoir, traiter et, le cas échéant, transmettre aux autorités judiciaires compétentes, tous renseignements propres à établir l’origine des sommes ou la nature des opérations faisant l’objet de la déclaration de soupçon au titre de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme ». Ainsi, elle a reçu au cours de l’année 2013, 250 déclarations de soupçons et ouvert des enquêtes qui ont permis la transmission de près d’une centaine de dossiers aux tribunaux compétents.

Pour résumer, quels que soient les moyens et outils utilisés, Paul Biya poursuit son combat contre ce grand fléau qu’est la corruption au Cameroun.

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