Cameroun : le fantasme de la menace d’un péril jeune

Dans une de ses dernières éditions, l’hebdomadaire Jeune Afrique affirme que le président Paul Biya est un chef absent qui gère le Cameroun depuis toujours à distance et avec une certaine parcimonie dans ses interventions et dans sa communication. Une attitude qui serait à l’origine du péril jeune qui menace le Cameroun et qui est tant redouté partout ailleurs sur le continent, notamment depuis le printemps arabe et le départ précipité du président burkinabé Blaise Campaoré du pouvoir suite à un soulèvement populaire. Pour autant, le journal nuance ses propos par le biais de son directeur de rédaction, François Soudan, qui a affirmé au quotidien camerounais Le Jour : « Le péril jeune menace tous les pays africains, tous les pays du Sud et certains pays du Nord dont la démographie est dynamique comme la France. Le Cameroun ne fait pas exception. Chômage, inadéquation des diplômes, insertion, déculturation, risques de manipulations diverses etc … ».

C’est exactement ce que veut éviter le président Biya qui mesure parfaitement le risque d’explosion dans le pays à cause justement des raisons citées-dessus, notamment le chômage des jeunes. En effet, les autorités camerounaises sont tout à fait conscientes du fait que cette jeunesse désœuvrée, frustrée et aux abois, représente une véritable bombe à retardement pour la société camerounaise tout entière. Rappelons que les jeunes représentent la moitié de la population camerounaise et que parmi eux, nombreux sont ceux qui, malgré leurs diplômes d’enseignement supérieur, ont des difficultés à trouver un emploi, notamment ceux de la tranche 20-30 ans et les femmes (65,5%) dans les grands centres urbains. Ainsi, le chômage est un problème très sérieux dont le président Biya a fait d’ailleurs l’une de ses principales préoccupations.

Le gouvernement et le chef de l’État ont donc décidé de prendre le problème à bras le corps et d’en faire leur priorité numéro un en lançant un certain nombre d’initiatives qui semblent avoir d’ores et déjà porté leurs fruits. « 283 443 emplois ont été créés par les administrations et les services. Pour l’année 2015, nous prévoyons la création de 350 000 emplois nouveaux », a souligné Paul Biya à l’occasion de la 49e édition de la Fête Nationale de la Jeunesse. Mais le président camerounais veut aller encore plus loin en s’attaquant à la racine du mal, à savoir le système d’enseignement inadapté au marché du travail et plus précisément « l’orientation tardive du système éducatif vers la professionnalisation ».

Ainsi, il préconise « d’accentuer la formation des techniciens et des ingénieurs » afin de « redonner au travail manuel, qui fait figure de parent pauvre, la place qu’il mérite » car comme il le souligne, « l’artisanat et les petites entreprises occupent encore chez nous une grande place. Il est indispensable, dans ces conditions, d’avoir de meilleures structures de formation dans les filières qui préparent nos jeunes à ces métiers. Ces secteurs sont de vraies niches de croissance et d’emplois qualifiés, tels que plombier, électricien, mécanicien auto et industriel, etc.».

En effet, pendant longtemps, le système éducatif camerounais a valorisé l’enseignement général. Résultat : beaucoup de jeunes Camerounais sont aujourd’hui à la traîne comparés aux ouvriers qualifiés nationaux ou étrangers qui, grâce à leur formation professionnelle, ont plus à offrir aux entreprises privées, publiques ou parapubliques. Il s’agit là d’une réalité bien connue dans le pays et que le président Biya tente de changer en faisant également la promotion de l’auto-emploi et en insistant sur la mise en place des incitations à la création d’entreprises ou micro-entreprises par le secteur privé et les jeunes entrepreneurs, un autre point qui lui paraît essentiel. Il ne cesse ainsi dans ses messages aux jeunes Camerounais, de les encourager à créer leur propre emploi à travers la création des PMEs, des microprojets qu’il encourage le gouvernement à financer.

Cependant, tous ces résultats ne pourront être possibles que dans un contexte de paix, d’où l’appel de Paul Biya à ne pas prêter l’oreille aux sirènes de la déstabilisation : «Vous devez surtout vous défier des chants trompeurs des oiseaux de mauvais augure, ces marchands d’illusion qui n’ont pour projet que la déstabilisation via les réseaux sociaux. Ces prophètes irresponsables cherchent de façon évidente à vous instrumentaliser.».

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