Terrorisme au Cameroun : qui se cache derrière la menace Boko Haram?

À quelques jours de la visite officielle du nouveau président nigérian Muhammadu Buhari au Cameroun (29-30 juillet), les islamistes nigérians de Boko Haram ont de nouveau frappé la ville de Maroua dans l’Extrême-Nord du Cameroun, ce dimanche 26 juillet, avec un attentat qui a tué sept personnes. Cette ville souvent en proie à des attentats-suicides, a déjà été frappée par une double-attaque similaire également attribuée à Boko Haram, trois jours auparavant.

Malgré le dispositif de riposte et de prévention mis en place par le président Biya et qui a fait ses preuves, la menace reste très vivace dans la région. Tout comme la politique de répression de Paul Biya qui a réussi à déstabiliser cette secte islamiste qui s’est lancée depuis mars 2014, dans une guerre contre le Cameroun à travers des incursions, des raids meurtriers, des kidnappings, des attaques planifiées contre l’armée camerounaise, etc. En effet, se sentant acculé, le chef de la secte islamique Aboubakar Shekau en est même venu à menacer directement le président Biya et son armée dans une vidéo de dix-sept minutes postée sur Youtube le 5 janvier dernier. « Tes soldats ne peuvent rien contre nous, ils valent rien. Si tu ne mets pas fin à ton plan maléfique, tu vas avoir le même sort que le Nigeria  », menace-t-il appelant Paul Biya à se repentir, « sinon tu vas voir ce qui va se passer par Allah ». Ces menaces de Shekau font suite aux interventions militaires camerounaises contre son groupe.

«Nous avons, comme vous le savez, renforcé nos forces de défense, dans la région concernée, par des mesures pour protéger notre population contre les attaques récurrentes des terroristes et préserver notre intégrité territoriale. Comme beaucoup d’autres pays, confrontés de par le monde à cette menace, nous avons pris des dispositions d’ordre législatif et réglementaire pour prévenir et éradiquer le terrorisme. C’est le sens de la loi que vient d’adopter le Parlement. », soulignait le président Biya lors de la cérémonie de présentation des vœux 2015 au Corps Diplomatique. Qui se cache donc derrière ces monstres de Boko Haram dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché » en langue haoussa?

Fondé en 2002, le mouvement extrémiste qui avait initialement un agenda politique et religieux très local (il aurait fait plusieurs milliers de morts dans le nord-est du Nigeria depuis sa création ) est entré depuis dans une spirale plus sanglante tout en prenant une dimension internationale en s’attaquant aux pays voisins. De mouvance salafiste et s’inspirant clairement des Talibans d’Afghanistan, la secte islamiste dénonce la Constitution nigériane comme étant calquée sur les valeurs occidentales et déclare vouloir instaurer un État islamique sur l’ensemble du Nigeria qu’il considère comme un État gouverné par des autorités impies et corrompues. Elle prône donc le retour de l’islam des origines avec, entre autres, l’application stricte de la charia et de la loi islamique. Elle défend ainsi naturellement une version radicale de l’islam qui interdit aux musulmans de prendre part à toute activité politique ou sociale associée à l’Occident, mais surtout elle s’oppose à l’instruction des femmes.

Le groupe est formé de plusieurs entités distinctes et autonomes avec « un noyau dur radical qui gravite autour d’Aboubakar Shekau, le nouveau leader depuis 2009, et des éléments agissant pour des raisons purement économiques et opportunistes, sans forcément adhérer pleinement à l’idéologie de Boko Haram », a expliqué au journal Le Monde Priscilla Sadatchy, analyste sur les questions sécuritaires en Afrique.

Même si le groupe adopte le mode opératoire d’Al-Qaïda, à savoir la multiplication des attentats-suicides, la stratégie de communication avec les déclarations par des vidéos postées sur Internet, il ne semble pas avoir de liens directs entre eux. Le groupe terroriste devenu le symbole de la folie meurtrière, a basculé au fil du temps vers une dérive meurtrière et sanglante. « Avec Shekau aux commandes, Boko Haram est devenu beaucoup plus impitoyable, plus violent et plus destructeur », note l’International Crisis Group (ICG) dans un rapport de 2014.

La secte islamiste prend désormais pour cible des églises au même titre que des mosquées ainsi que des écoles, des universités, des gares, des hôtels, débits de boisson et des bâtiments officiels, les marchés, etc. Comble de l’horreur, Boko Haram utilise désormais les jeunes filles comme kamikazes pour perpétrer ses attentats comme au Cameroun ces derniers jours. Une véritable spirale sanglante et macabre orchestrée par Abubakar Shekau dont la tête  est mise à prix pour 7 millions de dollars par les Américains depuis un an. Quoi qu’il en soit, le président Biya et ses homologues des pays voisins sont bel et bien décidés à l’arrêter. D’où la visite du président nigérian pour discuter des mesures à prendre pour en finir une fois pour toute avec ce groupe terroriste.

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