Cameroun : La très « démocratique » diaspora

Il ne se passe pas un jour sans que ne fleurissent des articles sur ce fameux regroupement de Camerounais de l’étranger. Parlant au nom de tous ces citoyens éparpillés sur la planète, un groupuscule d’activistes pollue le débat politique. Très présents dans les médias et particulièrement sur les réseaux sociaux, ils sont peu enclins à recevoir des critiques. Détenteurs de la vérité suprême, tous ceux qui sont contre leurs avis et préconisations sont des traîtres à la cause commune, des vendus à Paul Biya.
Aucune représentation officielle mais beaucoup de vent brassé. De quelle communauté parlent-t-ils ? Disséminés et couverts par des titres ronflants et des références creuses, ils mettent leur légitimité sous le manteau d’un certain unanimisme, d’une certaine convergence de vue, d’un accord de tous sur tout. Ce qui malheureusement est la démonstration d’une certaine légèreté intellectuelle. Il n’y a qu’à voir leurs sigles issus d’associations, mouvements, organisations, collectifs et autres regroupements. Autant de groupes aussi obscurs les uns que les autres qui se sont attribué un certain nombre de « missions ».
Ainsi, toutes les occasions sont bonnes pour mobiliser cette fameuse diaspora, sensibiliser les « locaux » et diaboliser l’État. Le gouvernement camerounais et les cadres de l’administration publique, bien entendu incompétents, sont ainsi régulièrement traités d’agents à la solde de forces occultes et des puissances « néo coloniales ». Des partenaires du Cameroun qui pourtant, ouvrent leurs portes à ces critiques d’un autre temps. Et lorsqu’on essaie d’échanger, pied à pied, avec leurs plus virulents acteurs, on se fait très rapidement coiffer du chapeau de défenseur de l’indéfendable. Qu’on s’en tienne même à l’incohérence de leurs propos, voilà qu’on vous ressort l’argument d’élite déconnectée des réalités, loin de la souffrance du peuple camerounais.
Il n’a pourtant jamais été dit que tout allait très bien au Cameroun. Il a régulièrement été indiqué que des efforts colossaux sont faits, surtout en ces temps de conjoncture difficile, pour que des pistes de solution pérennes soient offertes aux Camerounais. La planète tout entière est confrontée à des mutations majeures et chez nous, après avoir comblé au maximum les besoins essentiels, les dirigeants camerounais s’attellent sans relâche à ramener l’intérêt de tous vers le cap d’une certaine postmodernité. Le débat est là, et non dans un rapport de force intellectuel tronqué où certains veulent se prévaloir d’une certaine légitimité représentative.
Chez les « leaders » de la diaspora, on n’a pas le droit de contredire ceux qui « mouillent le maillot » dans des conditions « difficiles » pour porter un message d’espoir, pour réclamer un changement. On n’a pas non plus le droit d’avancer des propositions autres, ça fait subversif à la solde de… Comme on le voit, les principes reprochés aux autres ne sont pas appliqués dans cet environnement-là. Sont-ce des vendeurs d’illusions ? Peut-être pas. Mais sûrement des inconséquents en mal de notoriété. Jouer le jeu de la démocratie suppose autoriser dans ses propres rangs une certaine « dissidence », une liberté de penser autrement. Mais ça, c’est pour les autres…

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