Cameroun : Le faux problème de la gestion des aéroports

La nouvelle de la fermeture de l’aéroport international de Douala pour travaux, a libéré un autre flot de paroles. De chroniqueurs bardés de certitudes à des analystes « chevronnés », un bon grand nombre en a profité pour cracher du venin. Malheureusement, pas à bon escient.
Plusieurs se sont d’abord plaints de la fermeture totale de l’aéroport pendant trois semaines. Un choix incompréhensible quand on sait l’importance du hub de la capitale économique. Ce qui est paradoxal, c’est que plusieurs de ces virulents commentateurs avaient proposé, compte tenu de l’état avancé de délabrement de l’édifice, de le faire fermer pour des rénovations majeures. Mais comme il faut s’opposer pour s’opposer à toute décision administrative, il y a eu du grain à moudre pour les meuniers. Encore que là, tout a débordé au point de rendre les théoriciens de complots jaloux.
Le ministère des Transports du Cameroun a donc lancé des travaux de réhabilitation et de renforcement des chaussées aéronautiques ainsi que la rénovation et la reconfiguration du Terminal passagers. Des opérations confiées à Aéroports de Paris, partenaire de l’État camerounais dans la gestion de ses aéroports. Il n’en fallait pas plus pour pousser certains à la paranoïa extrême. Et de dire que les Français avaient pris le contrôle de ce point stratégique pour des raisons à la fois économiques et militaires (sic).

Mais de quoi parle-t-on au juste ? Le cheminement des responsabilités dans la gestion des aéroports du Cameroun suit une trajectoire simple. La décision de l’État de se désengager a débouché sur une structure de gestion autonome. Aéroports du Cameroun (ADC) naît en décembre 1993 pour se mettre en branle presque un an plus tard, en octobre 1994. La convention, signée avec le groupe Aéroports de Paris (ADP) fera place en 2015 à une autre entente qui imposera à ADC un cahier de charges précis au niveau des investissements pour assurer une qualité de service et la sécurité des installations des aéroports de Yaoundé-Nsimalen, Douala, Ngaoundéré, Maroua-Salack, Garoua, Bamenda et Bertoua.

Mais en ce qui concerne principalement les intérêts dans cette affaire, précisons qu’ADC compte bel et bien l’État du Cameroun comme actionnaire à hauteur de 29%, l’ASECNA à 20% et ADP Management à 34%. Les autres étant Camair-Co 8%, UNITAIR 3%, AIR AFFAIRES AFRIQUE, 3%, et la BICEC à 3% également). D’où vient-il que l’on parle d’intérêts essentiellement français qui empêcheront Yaoundé d’avoir son mot à dire ? Ou alors, est-ce la concession de 60 ans pour la consolidation de l’expertise offerte par les Aéroports de Paris qui choque ? ADP est l’un des joueurs majeurs dans l’industrie de la logistique et des infrastructures aéroportuaires à travers le monde. Plusieurs des projets dont ils ont la responsabilité se retrouvent sur tous les continents et même en Chine, pourtant réputée avoir des ressources et des compétences internes à cet effet.

Au lieu de voir le mal partout et demeurer dans une vision passéiste des choses, entrons dans une ère intellectuelle où l’on comprend véritablement les enjeux en cours. S’il y va de l’intérêt et surtout des besoins du pays, sachons apprécier, même si des bémols peuvent s’imposer. La radicalité n’a jamais fait avancer la réflexion.

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