Cameroun : La rumeur assassine

Ces derniers jours ont consacré le statut du potinage dans les mœurs camerounaises. À la faveur d’un drame survenu dans un grand hôpital de Douala, des accusations sans appel ont été prononcées. L’affaire Monique Koumateke, de la défunte citoyenne enceinte de jumeaux et décédée dans des circonstances troubles. Les bébés, malgré l’intervention désespérée d’une dame sans compétences médicales, n’ont pas survécu.
Le gouvernement, interpellé par ce cas et surtout violemment attaqué par l’opinion publique, a tenu à calmer les esprits en agissant avec la meilleure des diligences possibles, sans affolement. Dans une conférence de presse donnée à cet effet, le ministre de Santé a voulu remettre les choses en place. Flanqué de M. Issa Tchiroma, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, M. André Mama Fouda a tenu aux faits et à la chronologie des événements tels que rapportés par les différentes équipes envoyées sur les lieux. Pour compléter les rapports, une enquête officielle a été initiée et préventivement, le morguier, le major de la maternité, la sage-femme et la personne qui a éventré la défunte ont été mis en état d’arrestation.

Comment en est-on arrivé là ?

Selon plusieurs sources, Monique Koumateke aurait été transférée à l’Hôpital Laquintinie de Douala après son décès constaté dans une autre unité de santé de la ville. Sur place, la famille, impatiente, aurait déposé son corps à l’entrée des services de pédiatrie. Sa prise en charge n’aurait pas été immédiate et une personne aurait pris sur elle d’essayer de sauver les enfants qu’elle portait en effectuant une opération de fortune. Voilà, en bref, ce qui s’est passé.

C’est alors que les images de cet instant ont fait le tour du monde et choqué profondément. Tout a ensuite déboulé. Friande de ce genre de situations, la rumeur a pris corps, affirmant d’abord que faute d’argent, la défunte n’avait pas été admise aux services d’urgence de l’hôpital Laquintinie et en était morte. Pétition sur pétition, on a réclamé toutes sortes de choses. De l’arrestation du directeur de l’hôpital à la démission du gouvernement de la République.

Sans recul et sans cohérence, voire sans jugement, on s’est mis à construire un scénario macabre autour de ce qui devait se prendre avec respect. Bien évidemment, la récupération politique a également été de mise, les opposants historiques et ceux de la dernière heure n’hésitant pas à fustiger les autorités de tous les maux et même du décès de Monique Koumateke.

L’injustice populaire

L’une des choses les plus déplorables est qu’une fois de plus, les réseaux sociaux ont amplifié un phénomène longtemps décrié. Celui de l’interprétation malsaine des événements et la déformation volontaire des faits. Ces derniers sont têtus et il faut donner du temps au Procureur de la République, pour permettre un véritable travail d’investigation. On pourra déterminer à la fin, la véritable chaîne des responsabilités et sévir selon le cas. En attendant, l’opinion publique devra se faire à l’idée que les rumeurs n’établissent jamais les faits. Elle les déforme et peut contribuer à en rajouter au drame.

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