Cameroun : La leçon du putsch manqué du 6 avril 1984

L’événement, qui n’est plus qu’un mauvais souvenir, a cependant marqué les esprits des Camerounais au point d’établir une évidence : jamais l’hameçon de la division n’aura exercé d’attrait particulier à leur endroit. Tout au long de ces heures difficiles, vécues principalement par les populations de Yaoundé, l’étendue du territoire nationale priait en commun pour une issue la moins sanglante possible.

Compte tenu des bilans habituels dans ce genre de crise, le nombre de personnes ayant perdu la vie sera relativement bas. De nombreuses familles ont enterré leurs morts dans la douleur et la nation, toute en larmes, a honoré ces citoyens ainsi que les soldats légalistes tombés au champ d’honneur. Le temps des veillées passé, il fallait alors surmonter la douleur et vivre de nouveau ensemble. Cela, parce que toutes les analyses des « observateurs avertis » dans le monde, n’avaient eu cesse de parler de populations du Nord, musulman, désormais opposées à celles du Sud, chrétien. Une vision binaire du pays que continuent à véhiculer des individus dont la vision de l’Afrique, en général, est profondément simpliste.

Au lendemain de l’échec du putsch, conscient des enjeux et ferme dans ses convictions, le président de la République dira sans ambiguïté : «La responsabilité du coup d’État manqué est celle d’une minorité d’ambitieux assoiffés de pouvoir et non celle de telle ou telle province, encore moins celle des Camerounais de telle ou telle religion.» Une ligne à laquelle il n’a jamais dérogé et que les citoyens n’ont eu aucune difficulté à suivre, parce qu’ils sont la preuve, chaque jour qui passe, de leur profond attachement à ce pays.

Ce que le putsch raté du 6 avril 1984 nous apprend, c’est donc l’unité inébranlable du peuple camerounais dans sa diversité. Le douloureux passage par le statut de territoire géré par d’autres puissances, a voulu que nous soyons « assignés » sur ce triangle et puissions y tracer notre voie. Ce Cameroun, touché dans sa chair, aurait pu exploser il y a 32 ans, mais il n’en a rien été. Paul Biya,  successeur constitutionnel du président Ahmadou Ahidjo, marquera fermement de son empreinte la légalité républicaine, avant d’ouvrir le pays à de nouveaux horizons.

Aujourd’hui, le pluralisme connu et vécu au Cameroun ne souffre plus de reproches, en dehors d’envolées creuses des tenants de certains particularismes qui rêvent d’un environnement politique parfait. Cela n’existe tout simplement pas. Le Cameroun a fait ses choix et s’améliore sans cesse, dans le strict respect du tempo seyant à chaque peuple, à chaque nation. Et malgré les incompréhensions ou certaines frustrations, jamais les germes de la division n’auront poussé sur ce territoire.

Pour que cela continue, il faudra, jour et nuit, s’attacher à cette injonction rappelée dans notre hymne national :

Que tous tes enfants, du nord au sud,
De l’est à l’ouest soient tout amour.
Te servir, que ce soit leur seul but,
Pour remplir leur devoir toujours.

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