Cameroun : La cour des pédants

Nous rappelions il y a quelque temps comment les réseaux sociaux avaient été pris d’assaut par les abonnés de bistrots. Dans le cas spécifique du Cameroun, c’est devenu un domaine par excellence du verbiage et de certains règlements de compte. Passe encore quand ce sont de sombres inconnus qui s’exercent au débat. Mais quand des sommités s’y greffent, sans cohérence surtout, on en est profondément déçus.

Depuis plusieurs mois, le très émérite musicien Richard Bona a transformé sa page Facebook en un mur de lamentations. Il s’y plaint pêle-mêle des travers politiques, sportifs ou encore culturels – surtout du Cameroun -. En tant que citoyen du monde, Américain d’origine camerounaise, il a le droit de donner son avis et de porter un certain nombre de jugements.

Sauf que le talentueux bassiste, qui nous gratifie sur support numérique ou en concert d’arabesques somptueuses, est extrêmement et assez souvent maladroit dans son argumentaire. Passant du coq à l’âne, M. Bona a l’avis tranchant et la langue bien pendue. Du haut de sa notoriété, il se pose en donneur de leçons et nuance très peu. Une de ses dernières saillies, dont il s’excusera quand même, a été de dire que le président Paul Biya était pire que Boko Haram. Entre temps, tout y est passé, de la question de la double nationalité « refusée » aux Camerounais, à l’incompétence des dirigeants du pays de Manu Dibango, en passant par un environnement socioculturel des plus exécrables.

Tombant à bras raccourcis sur certaines personnalités, tout comme sur ceux qui se permettent de venir le critiquer sur « son mur Facebook », celui que plusieurs prennent pour la plus forte valeur ajoutée du patrimoine musical camerounais dérape, et sérieusement. Sa tendance, très régulière, au je, me, moi révèle une personnalité narcissique qui se surprend parfois à être au sommet de son art.

Nul ne refusera à Richard Bona de récolter les fruits de son labeur et de son indéniable talent artistique. Mais l’arène politique directe est une autre patinoire sur laquelle on ne s’aventure pas à dessein. Tous ceux qui, tant soit peu, comprennent la langue Douala, savent très bien que l’auteur de Enguingilayé a souvent parlé de nos travers communs et du destin de l’Afrique dans ses pièces musicales. Éveilleur de conscience à son niveau, il y a sans doute chez ce bosseur acharné l’envie de voir les choses changer. Mais on se serait parfois attendu à de la hauteur, à de la conséquence dans l’argumentation.

Hélas, Richard Penda Bona et, au demeurant, certains de ses contradicteurs, s’étripent à coups de démonstrations boiteuses et d’arguments « inattaquables ». Chacun ici s’octroie le privilège d’avoir raison sur tout et par-dessus tout. Tout cela fait parvenu et installe de force dans la cour des pédants. Le Cameroun mérite beaucoup plus que cela.

Comme disait le sage, l’humilité précède et accompagne la gloire.

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