La Raison en mal de repères au Cameroun

Dure semaine que celle du sport camerounais. En l’espace de 48 heures, deux footballeurs de haut niveau ont perdu la vie au cours de ce qui était pour eux, une passion, un métier. Patrick Ekeng sur un terrain de Roumanie et Christelle Djomnang à Ebolowa dans le sud. Dans les deux cas, des attaques cardiaques fatales.

Abonnés aux commentaires les plus farfelus sur internet et dans les radios poubelle du pays, des chroniqueurs de renom s’en sont donné à cœur joie. Et de fustiger pêle-mêle les agents, les médecins, les secouristes, les systèmes de santé ou encore les dirigeants sportifs. On a même pu relayer le « témoignage » d’un ami de Patrick Ekeng, qui lui aurait dit au téléphone ne pas bien se sentir, mais sera obligé d’être de la rencontre qui lui sera fatale.

La libération de la parole dans les médias a eu du bon dans l’ouverture politique, mais sa confiscation par des amateurs a vite fait de donner un portrait hideux de la profession. Presque jamais n’aura-t-on entendu un seul des meneurs de débat, ramener tout le monde à un plus de considération pour les défunts et leurs familles. Au contraire, on va même jusqu’à s’autoriser l’invocation de questions « mystiques » dans la mort de nos sportifs. Normal, puisqu’apparemment en Afrique, on ne meurt jamais pour rien. Derrière chaque disparition, il y a la main invisible du surnaturel, l’action imparable des esprits maléfiques. Qui ne souvient pas des inepties débitées lors de la mort tragique de Marc-Vivien Foé il y a 13 ans sous le maillot des Lions Indomptables ?

Dans chacun de ces cas, la médecine a pourtant pu, sans beaucoup d’hésitation, expliquer la cause de ces décès. Et le Cameroun n’est pas un cas à part dans cette malheureuse cascade de mort à la suite de crise cardiaque. Depuis une quinzaine d’années, les terrains de sport ont été témoins de drames semblables. Quelquefois, le destin ne s’est pas acharné et un joueur comme le Congolais Fabrice Muamba, a pu s’en sortir il y a quatre ans en Angleterre.

Au-delà de la douleur, compréhensible, il va falloir s’en tenir à des explications rationnelles devant tant de drames humains. Ce qui aura pour effet de pousser la réflexion dans un meilleur sens. Celui d’aider à mieux encadrer les sportifs sur le plan sanitaire en prévoyant un cordon complet dont l’espace sera occupé prioritairement par des professionnels de la santé. La pratique du sport étant de plus en plus exigeante à tous les niveaux, un dépistage systématique doit être imposé aux prétendants à cette pratique.

Penser l’avenir en de meilleurs termes accompagnerait mieux l’essor des disciplines sportives, la responsabilisation des encadreurs et des dirigeants, mais surtout, la pratique du sport par la jeunesse. En toute occasion, il est nettement mieux d’être raisonnable, qu’émotif et charlatan. Malheureusement,  une très grande majorité de citoyens camerounais continue de penser en termes mystiques, faisant intervenir à chaque fois des forces surnaturelles dans les causes des succès ou des échecs au quotidien. Et malheureusement, cette dynamique est entretenue par les nouveaux chevaliers du micro et de l’ordinateur. D’incontournables esprits qui sévissent désormais sans frontière aucune.

 

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