L’hebdomadaire Jeune Afrique s’en prend encore à Paul Biya

Référence de l’information politique et économique du continent africain dans les années 1960 et 1970, la revue créée par Béchir Ben Yahmed n’est plus que l’ombre d’elle-même. La faute à un trop grand nombre de compromissions et à une marchandisation éhontée de l’information dans ses colonnes. Tout au long des dernières années, Jeune Afrique s’est attaqué sans vergogne au Cameroun et à ses dirigeants. Au sujet du président Paul Biya, de moins en moins réceptif à leurs sirènes publicitaires, il a été dit tout et son contraire. Pour les 34 années au pouvoir du chef de l’État camerounais, on a encore eu droit cette semaine, à un dossier « intime ». Des répliques parvenues des médias camerounais, la meilleure est sans doute celle de Marie-Claire Nnana, Directrice générale du quotidien Cameroon Tribune. Dans un éditorial limpide publié ce jeudi, elle rappelle Jeune Afrique ‘’à l’ordre’’, avec la plus grande élégance.
D’entrée de jeu, Mme Nnana rappelle que l’hebdomadaire parisien « ne fait pas œuvre originale en parlant des 34 années au pouvoir de Paul Biya « car d’autres médias, allumés par cet anniversaire, ont entrepris quelques jours auparavant d’interroger cette longévité exceptionnelle, à travers des portraits de l’homme, des analyses, ou des tables rondes. » Dubitative, elle trouve « qu’au-delà de l’intérêt, cette logorrhée verbale inédite autour de l’intimité du président camerounais apparaît à tout le moins curieuse, par l’intention même.  S’agit-il d’une enquête journalistique, dans les standards professionnels usuels, sur un homme d’État qui a marqué, et continue de marquer son pays et son époque ? s’interroge l’éditorialiste. Avant de rajouter que, selon toute vraisemblance, le confrère parisien croit proposer un dossier « sérieux », en affirmant « vouloir percer le secret de ce président. Soit. Mais dans ce cas-là, le lecteur s’attendrait à juste titre à plus d’équilibre dans le traitement des informations, plus de circonspection dans la validation des sources, plus de distance avec les poncifs éculés et la rumeur. Peut-être aussi plus d’humilité et moins de certitudes de la part de l’auteur. Ce qui n’est pas vraiment le cas. » Sans appel !

Un dossier approximatif

Pour Marie-Claire Nnana, à la base, il y a donc de toute évidence une terrible méprise. Car « ce dossier n’est ni une enquête, ni un portrait, mais un pamphlet perfide et torride d’autant plus mordant qu’il se présente comme une enquête. Sous couvert d’informations recueillies auprès de « proches », il ne nous fait grâce d’aucun préjugé : la fainéantise : ce président est « désespérant d’inactivité » ; le pays en pilotage automatique ; une épouse omnipotente, qui codirige, pour ainsi dire, le Cameroun. L’auteur de cette publication ne craint pas d’inscrire sa production dans le registre du ramassis de ragots : président radin, palais hanté, dédain des réunions de l’Union africaine.

Tout cela relève, évidemment, de l’affabulation. Une véritable enquête aurait sans aucun doute permis de nuancer certaines affirmations et d’en disqualifier de nombreuses autres. Si le parti pris du rédacteur est de jeter le discrédit, indique-t-elle, il le fera quels que soient les faits à sa connaissance.

« Mais à la vérité, se désole la professionnelle de l’information, la plus grande preuve de malveillance de ces écrits sur ‘’Biya intime’’ réside dans le manque d’élégance qui consiste à aborder des sujets que les journalistes éprouvent habituellement des scrupules à évoquer sur les hommes politiques : le physique, la santé, les enfants. De quel intérêt journalistique sont les détails foisonnants livrés ici sur les ravages des années sur le physique, sur la vie des enfants du couple présidentiel abordée sous le seul prisme des polémiques et des réseaux sociaux, sans compter les insinuations sur la santé du prince, et celles sur son parcours de lycéen ? L’art de la malveillance consiste ici à égrener quelques informations neutres, pour les noyer ensuite dans un océan de rumeurs dégradantes. Si jamais l’auteur concède quelque qualité à l’objet de son étude, c’est pour mieux le broyer ensuite à travers des pseudos informations qui ont toutes, étrangement, un caractère sulfureux. » Et à Marie-Claire Nnana de conclure : « En somme, ce ‘’Biya intime’’ campe bien le prototype de ‘’République bananière’’ sous les traits duquel les médias occidentaux peignent volontiers l’Afrique noire. Le Cameroun a certes ses tares, mais il n’en est pas une. »

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