Paul Biya, le bilinguisme et le multiculturalisme

Le 23 janvier dernier, le chef de l’État camerounais, Paul Biya, a créé la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM), une institution qui a pour but d’ « œuvrer à la promotion du bilinguisme, du multiculturalisme, au Cameroun, dans l’optique de maintenir la paix, de consolider l’unité nationale du pays et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre ensemble de ses populations ». Il s’agit là, à n’en point douter, de la concrétisation d’une promesse qu’il a faite à la nation camerounaise dans son discours de fin d’année, le 31 décembre 2016.

On peut se demander pourquoi cette institution en ce moment précis. Pour comprendre la création de la CNPBM, il faut se remettre dans le contexte de crise dans lequel évoluent les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest du Cameroun. Depuis deux mois en effet, ces deux régions font face à une grève des enseignants  et des avocats anglophones. Cette situation a, d’une certaine manière, été récupérée par des opportunistes politiques et des extrémistes qui, en plus de paralyser le système éducatif et judiciaire dans les régions concernées, ont sauté sur cette occasion pour remettre en cause l’unité du pays et suggérer sa partition.

La création de la CNPBM constitue sans aucun doute une réponse du chef de l’État aux revendications de ses compatriotes anglophones. Elle n’est certes pas la première des réponses, mais elle est la preuve, une fois de plus, que Paul Biya n’est pas resté sourd au cri de ces Camerounais. Avant cela, il a instauré le dialogue avec les syndicats protestataires ; des comités ont été formés qui ont permis de recenser les revendications, et aux diverses parties prenantes de discuter et de s’accorder sur les meilleurs moyens d’y répondre.

Le président de la République du Cameroun a pris d’autres mesures qui visent à trouver des solutions aux problèmes posés : recrutement et affectation des enseignants, soutien financier  aux établissements scolaires, mise à la disposition des avocats de la version anglaise de certains documents, etc., toutes choses qui font étalage de sa détermination à satisfaire les attentes des populations en vue de sortir de la crise, bien que certains acteurs aient, de toute évidence, opté de faire dans le chantage et la surenchère politiques.

Mais la création de la CNPBM a quelque chose de fondateur en ce qu’elle aborde le problème de fond. Elle est une réponse forte, parce qu’elle va bien au-delà des revendications et donc des attentes des populations. Elle constitue une orientation politique claire, la vision que Paul Biya a de son pays, de l’unité et du vivre ensemble des diverses composantes de sa population, bien au-delà du binôme « anglophone-francophone ». Car, il faut bien le dire, le Cameroun, c’est plus de 250 tribus, des pygmées aux soudano-sahéliens, en passant par les Bantous et les semi-Bantous; c’est aussi autant de langues, une foule de religions, etc., qui cohabitent dans la paix.

La CNPBM est une réplique cinglante à ceux qui soutiennent qu’il y aurait une politique délibérée de quelque groupe majoritaire de faire culturellement main basse sur une certaine minorité. La position de Paul Biya est claire, il l’a dit et répété : le Cameroun est riche de sa diversité, voire de ses différences. Le pluralisme culturel ici est une opportunité, et non une menace, dont il faut savoir tirer profit.

Il faut donc travailler le vivre ensemble. Tout en admettant que ce vivre ensemble voulu par Paul Biya ne saurait être un long fleuve tranquille, il faut étouffer les velléités de quelques-uns de faire d’une appartenance ethnique, linguistique, culturelle ou régionale un fonds de commerce, un vulgaire objet de marchandage…

Il faut maintenant que tous ceux qui ont entrepris d’hypothéquer l’année scolaire et donc l’avenir des jeunes Camerounais se ressaisissent. Paul Biya a fait sa part, à eux de faire la leur.

Moane Ehindi

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