Un casting réussi pour une commission très attendue

Pour consolider le vivre ensemble au Cameroun, le président Paul Biya met au travail  une équipe de personnalités expérimentées et de profils compétents.

Premier ministre exemplaire dans sa manière de gérer les hommes et les biens, le sénateur Peter Mafany Musonge est un homme d’expérience qui a la confiance du chef de l’État. On comprend pourquoi le grand chancelier des ordres nationaux est aussi l’homme des grandes missions. La stature et le sérieux de cet ingénieur formé aux États-Unis montrent bien que la commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme n’est pas un « gadget ». À lui Paul Biya n’a confié que des tâches d’importance. Au niveau de l’État, il a été directeur général de la Cameroon Development Corporation, le plus grand employeur après l’État au Cameroun. Il devient premier ministre le 7 décembre 1997 quand sonne l’heure de la relance de l’économie camerounaise. C’est avec la satisfaction d’une mission accomplie que le chef de l’État lui donne l’occasion de se reposer le 8 décembre 2004. Quelque temps après, il devient Grand chancelier des ordres nationaux. Nommé sénateur en 2013, il y préside le groupe parlementaire du Rdpc, le parti majoritaire. Au niveau de ce parti, Peter Mafany Musonge est le patron régional dans sa région d’origine le Sud-Ouest. Admis au bureau politique, le Saint des Saints du parti, c’est lui qui a présidé récemment la commission de discipline créée pour arbitrer les nombreux conflits entre cadres et militants dans certaines localités. Ce Bakweri de Buea anglophone s’exprime très bien en français. Il parle aussi couramment le Duala, la langue véhiculaire des populations de la plaine côtière camerounaise. Il avait certainement le meilleur profil pour donner un visage sérieux à l’action de cette commission.

La deuxième personnalité de cette commission est un enseignant. C’est la profession la plus représentée de cette première cuvée de la commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme. Oumarou Djiko Saidou revient au-devant de la scène nationale après l’expérience malheureuse de 2013. Cette année-là, il s’installe à Ngaoundéré au moment de son départ à la retraite. Il a été directeur dans les services centraux avant d’occuper les fonctions d’inspecteur général puis secrétaire général dans les ministères. Il a été notamment au ministère de l’Industrie, des Mines et du Développement technologique. À Ngaoundéré, Oumarou Djiko Saidou a été proviseur du lycée classique de Ngaoundéré, le plus grand établissement public de la région de l’Adamaoua. Il a été délégué provincial puis directeur dans les services centraux. Il était en 2013 sur la liste RDPC des sénatoriales rejetée pour dossiers non conformes. Sans ce mandat électif, il a gardé sa place parmi les acteurs de premier plan du Rdpc dans le département de la Vina dont Ngaoundéré est le chef-lieu. C’est un musulman suffisamment représentatif de cette région dont une partie de l’élite aura animé la chronique des revendications pour une meilleure présence dans les sphères de décision.

L’expertise juridique de l’ancien ministre de la Justice Benjamin Itoe a été sollicitée. Formé comme avocat puis magistrat, il a longtemps exercé dans les deux régions où la Common Law était appliquée. Depuis sa retraite de Kumba, il a vécu le problème anglophone de l’intérieur. Halle Nicodemus Ndessi, plus connu sous le nom Nico Halle, a longtemps été « Ntumfor » c’est-à-dire le porte-parole des Fons, les chefs traditionnels du Nord-Ouest. Ses points de vue sont respectés au-delà de sa Mezam natale. Actuel président de l’assemblée générale de l’ordre des avocats du Cameroun, il est un homme de compromis. On l’a vu à l’œuvre au sein du comité ad hoc créé récemment autour du ministre Jean Pierre Fogui. Jean Marc Afesi Mbafor est le président du Conseil National de la Jeunesse du Cameroun. Il a la légitimité pour représenter la jeunesse camerounaise dans cette commission. Formé au Nigéria et originaire du Nord-Ouest, il s’inscrit dans le modèle exemplaire du jeune qui a fait du bilinguisme officiel du Cameroun un atout.

La commission est ouverte aux Camerounais qui défendent parfois des positions radicales. Ngwane Georges Essambe a eu le mérite d’avoir publié l’année dernière un appel pour la création d’une commission sur le bilinguisme. Enseignant, cet ancien délégué régional de la culture du Sud-Ouest, originaire du Kupe-Manemgouba, est une véritable boîte à idées sur le problème anglophone. Son indépendance d’esprit et son engagement politique lui ont permis de remporter des distinctions à l’international.

Les quatre femmes de cette commission représentent bien la diversité de sa composition. Chacune représente l’une des quatre aires culturelles du pays. Il y a l’ancienne ministre des Arts et de la Culture Ama Tutu Muna, fille d’un des acteurs de la réunification. Cette traductrice interprète a étudié au Canada. Elle reste active en politique dans son département d’origine, la Momo dans la région du Nord-Ouest. Comme l’est Françoise Ndanga épouse Angouing dans le département de la Kadey, dans les forêts de l’Est. L’épouse du ministre de la Fonction publique est une enseignante de lettres bilingues qui a fait le tour des établissements scolaires du pays avant les services centraux de différents départements ministériels. Elle est en ce moment Inspecteur général au ministère de la Promotion de la femme et de la famille.

Enseignante de lycée aussi, Agnès Ticky Njoh épouse Mbappe est une digne fille de Dibombari dans le département du Moungo. Professeur de lettres bilingues, elle est censeur responsable des classes bilingues au lycée de Ndoghem(PK12) dans l’arrondissement de Douala III dans le département du Wouri.

Originaire de l’Extrême Nord et musulmane, Djanabou Bakary est historienne en service à l’École Normale de Maroua. Cette ancienne étudiante de l’université de Ngaoundéré a consacré de nombreux travaux à la place de la femme dans les échanges commerciaux transfrontaliers entre le Cameroun et ses voisins au niveau du septentrion.

Amadou Mohamadou Babba est également issu des effectifs de l’université de Maroua. Ce spécialiste de la langue arabe est titulaire d’un doctorat en langues et civilisations. Il a été affecté dans cette institution après son admission en 2011 dans le cadre de l’opération de recrutement des 25000 jeunes diplômés lancé par le président Paul Biya. La touche religieuse du multiculturalisme concerne aussi l’Abbé Jean Marie Bodo. Ce prêtre atypique est homme de culture devenu promoteur d’une institution universitaire et d’une radio.

L’ancien député du Dja et Lobo, documentaliste et historien de formation, Samuel Efoua Mbozo’o, va apporter à cette commission sa connaissance des questions parlementaires en Afrique et dans le monde. Ancien secrétaire général adjoint du parlement panafricain, sa riche bibliographie fait une place importante aux études comparées.

Consultant international, l’ancien ministre David Abouem à Tchoyi a clairement montré dans sa tribune désormais célèbre qu’il connaissait bien le problème anglophone. Ayant fait partie d’une précédente commission d’enquête, cet ancien gouverneur des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, est aussi un consultant de réputation internationale sur les questions de gouvernance et de décentralisation.

Pierre Vincent Ngambo Fondjo est l’un des spécialistes les plus calés des questions de réforme administrative au Cameroun, comme l’attestent ses publications. C’est au ministère de la Fonction publique que ce notable Batcham poursuit en ce moment son parcours de secrétaire général de ministère.

Aucune région n’a été oubliée dans la constitution de cette équipe pour le premier mandat de cinq ans. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest s’en tirent avec trois membres chacune. Ce qui est compréhensible dans une commission chargée de promouvoir le bilinguisme. Cette équipe est majoritairement constituée d’enseignants. Leurs spécialités révèlent des priorités dans l’éducation des citoyens à la maîtrise des langues et des cultures et à la bonne connaissance de l’histoire du Cameroun. Le profil technocrate de certains est aussi un indicateur d’enjeux. Les questions d’organisation des services publics, de décentralisation, d’administration de la justice seront au cœur de l’action de cette commission. Par ailleurs, il y a un savant dosage intergénérationnel qui permet de profiter de l’expérience des aînés et la vivacité des plus jeunes.

Enfin, le choix de certains membres déjà plébiscités par l’opinion (David Abouem à Tchoyi et Ngwane George Essambe) atteste de l’ouverture du président de la République à toutes propositions susceptibles de consolider le vivre ensemble.

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