Bilinguisme : ce que la crise anglophone nous a apporté

Si la crise anglophone a servi à quelque chose, c’est de rappeler aux Camerounais de tous bords qu’ils ne doivent pas s’amuser avec leur bilinguisme et leur multiculturalisme. Si, il y a quelque temps encore, on pouvait entendre certains dire avec une certaine désinvolture : «c’est le Cameroun qui est bilingue, moi je ne suis pas bilingue », les choses semblent avoir sensiblement changé en quelques mois. Non pas que tous les Camerounais aient subitement maîtrisé le français et l’anglais, les deux langues officielles en vigueur dans leur pays.  La réalité que l’on peut observer, notamment de la part de certains Camerounais francophones, qui parce que largement majoritaires et évoluant dans la partie orientale du pays, ne se croyaient pas obligés de fournir le moindre effort pour parler la langue de Shakespeare, c’est qu’on fait un peu plus attention.

On raconte que les centres linguistiques, chargés de former ceux qui souhaitent apprendre ou se perfectionner  en anglais ou en français comme deuxième langue connaissent une affluence particulière.

L’État lui-même n’est pas en reste. Il faut d’abord relever que la Constitution de la république affirme le caractère bilingue du Cameroun. D’une manière générale, au sein des institutions publiques, les deux langues officielles sont pratiquées, avec une certaine prégnance du français, selon qu’on est dans la partie orientale du pays, ou de l’anglais quand on est dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Mais du fait de quelques inattentions et autres négligences, on se comporte à divers endroits comme si on n’avait pas besoin d’utiliser la deuxième langue. Les locuteurs de langue anglaise, et on peut aisément le comprendre, sont plus sensibles à ce que les autres considèrent à tort comme périphérique.

Pour sa part, le président Paul Biya a dit et redit qu’il tient au caractère bilingue et multiculturel de son pays. Et chaque fois qu’il l’a pu, il s’est bel et bien exprimé en anglais. Souvenons nous du « I was born a Cameroonian and I shall remain a Cameroonian »…

Ce qu’on observe depuis quelques mois est plutôt encourageant. Comme on l’a vu récemment au Quartier général de l’armée lors de la cérémonie de triomphe des jeunes officiers récemment sortis de L’École militaire interarmes de Yaoundé, le speaker chargé d’annoncer le programme  s’est attelé à le faire à la fois en français et en anglais.

Los du défilé de la fête de la Jeunesse le 11 février dernier, tout comme pendant les manifestations de la Journée internationale de la femme, banderoles et autres pancartes étaient, dans une large majorité en français et en anglais.

Dans les administrations publiques aussi, le vent du bilinguisme  souffle très fort. Les documents officiels sont de plus en plus confectionnés dans les deux langues. Apparemment, les traducteurs qui se tournaient les pouces ou qui étaient affectés à d’autres tâches, croulent désormais sous le poids du travail. Il faudrait en recruter encore pour faire face au volume de travail de plus en plus important.

Et c’est tant mieux pour le Cameroun qui peut désormais compter sur les deux cordes de son arc pour s’affirmer sur l’échiquier international.

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