La crise anglophone, les évêques et la justice

La plainte portée par des parents d’élèves contre certains évêques au sujet de la grève observée dans le sous-système éducatif anglophone camerounais fait des vagues dans l’opinion publique.

Parce que les évêques jouissent de la considération des populations en tant qu’autorité morale; parce que pour le chrétien comme pour le citoyen ordinaire, ce sont des personnes modèles, des hommes de Dieu, presque des saints pour tout dire, donc qu’on ne peut pas suspecter de poser des actes répréhensibles, même pas capables d’inciter de pousser leurs ouailles à la faute.

Par ailleurs, dans le système éducatif camerounais, l’ordre d’enseignement catholique occupe une place privilégiée, il bénéficie d’une grande considération. Les établissements scolaires de cet ordre d’enseignement sont réputés sérieux; en effet, ils obtiennent en général les meilleurs résultats aux examens officiels. Conséquence : la plupart des parents, soucieux du succès scolaire de leur progéniture, envoient leurs enfants dans les écoles catholiques.

Mieux encore, le système scolaire anglosaxon ayant une meilleure cote que le système francophone, nombreux sont les parents francophones qui envoient leurs enfants dans les établissements scolaires catholiques anglophones. L’État, lui-même, a bien compris l’important rôle que joue l’enseignement catholique et certains autres ordres d’enseignement, d’où les substantielles subventions qu’il leur accorde.

Face à cette ruée, le montant des frais de scolarité à payer dans ces établissements scolaires ont tendance à augmenter de manière vertigineuse, ce d’autant qu’ils fonctionnent sous le régime d’internat, et que, en plus, défiant la réglementation en vigueur, ces établissements scolaires s’arrogent le droit de vendre les fournitures scolaires, livres, cahiers, sacs, tenues de sport, pull-overs, etc. Au total, le parent d’élèves est amené à débourser d’importantes sommes d’argent au prix quelques fois d’énormes sacrifices.

Ces parents, qui ne se soucient que du succès de leurs enfants, ne peuvent pas rester indifférents face à une grève qui perdure, et dont ils ne maitrisent ni les tenants, ni les aboutissants. Ils ne comprennent pas pourquoi, alors que le gouvernement a réagi favorablement aux revendications des enseignants anglophones et multiplie les initiatives en vue de sauver l’année scolaire, que l’école ne reprenne pas son cours normal. Ils redoutent que leurs enfants perdent une année scolaire, ce qui pourrait hypothéquer gravement leur avenir.

Et que l’Église catholique, propriétaire de ces établissements scolaires et les évêques qui les gèrent puissent rester indifférents, alors qu’on connait la force de persuasion de ces hommes,  ne prennent aucune initiative, en dehors de lancer, sans aucune conviction, des appels au dialogue, peut avoir quelque chose de troublant. On a, par exemple, observé que les établissements catholiques sont restés curieusement fermés même quand, dans les les autres ordres d’enseignement, on essayait de vaincre la peur face aux menaces de quelques flibustiers embusqués dans l’ombre.

Et qu’en d’espoir de cause, las de voir de la part du clergé un geste de bonne volonté, qu’ils soient réduits à s’en remettre à la justice de leur pays, peut donc se comprendre. On peut se demander si on blasphème en portant plainte à quelqu’un à qui on a confié l’instruction de ses enfants prix d’importants sacrifices financiers, fût-il un évêque, un homme de Dieu… Ce qui devrait surprendre, c’est que les parents se croisent les bras en attendant que le Ciel règle ce problème.

Vivement que les évêques appuient le gouvernement dans la bataille pour la normalisation de la vie scolaire dans les régions anglophones du Cameroun.

Jean Daniel Angouang

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 + cinq =