Paul Biya sanctionne un magistrat corrompu

Le 6 juillet dernier, le chef de L’État camerounais, Paul Biya, a signé un décret infligeant une sanction à un magistrat du parquet. Cet acte présidentiel est tout sauf anodin ; il sonne comme une alerte à l’endroit de ceux qui croient  se situer au-dessus de la loi.

La sanction infligée à Pascal Magnaguémabé revêt une importance toute particulière : Paul Biya révoque un magistrat. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’un magistrat est révoqué.

Il faut aussi voir les raisons évoquées pour justifier la sanction. Il s’agit de faits de corruption. Le magistrat incriminé est  accusé d’ « extorsion de procurations à des dames héritières d’une succession, appropriation d’une partie des fonds et vente d’une partie de caféière de ladite succession ». Un dossier disciplinaire avait été constitué à cet effet.

La sanction concerne un Camerounais, et pas n’importe lequel, un magistrat de 4e grade, un haut magistrat, pourrait-on dire. M. Pascal Magnaguémabé, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a été juge d’instruction au tribunal de grande instance du Mfoundi, à Yaoundé. C’est pour cela que la sanction est intervenue après avis du Conseil supérieur de la magistrature qui s’est réuni en session il y a tout juste un mois.

Le mis en cause est devenu célèbre parce qu’il a « géré » des dossiers très sensibles de l’ « Opération Épervier », la campagne d’assainissement des mœurs lancée par le président Paul Biya pour lutter contre la corruption. Cette campagne, faut-il le rappeler, a conduit devant les tribunaux un certain nombre de hauts responsables de l’appareil de L’État. Certains parmi eux ont d’ailleurs été condamnés à des lourdes peines privatives de liberté. D’autres procès sont en cours.

Alors, on peut se demander comment celui qui, hier, était chargé de traquer les corrompus et les auteurs de détournement de deniers publics est aujourd’hui lui-même pris dans la nasse. La réponse à cette question peut s’articuler en deux parties. D’abord, il faut dire que nul n’est au-dessus de la loi. Pas même le magistrat qui le sait mieux que quiconque et, qui plus est, est chargé de la faire respecter et de sanctionner tous ceux qui l’enfreignent.

En lançant l’Opération Épervier, Paul Biya a engagé un combat déterminant contre l’hydre de la corruption, qui fait perdre d’importantes ressources dont l’État a besoin pour financer son développement. Mais certains ont voulu n’y voir qu’autre chose…

En agissant comme il l’a fait, Pascal Magnaguémabé, magistrat, que l’État a appelé à contribuer à sa politique de lutte contre la corruption, a trahi la confiance qui a été placée en lui. Il devait donc être sanctionné. C’est ce que le chef de l’État a fait.

Ce faisant, Paul Biya, qui a récemment nommé une nouvelle équipe à la tête du Tribunal criminel spécial, juridiction mise en place pour juger des faits de corruption, rappelle à ceux qui seraient tentés de l’oublier, que la lutte contre la corruption n’est pas terminée. Les corrompus et les auteurs de détournement de deniers publics n’ont donc qu’à bien se tenir. Ils pourraient avoir à rendre gorge. A tout moment.

J. Daniel

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