Et si le retour au fédéralisme n’était qu’un piège?

Les remous sociaux que connaissent les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest du Cameroun, et que d’aucuns qualifient de crise anglophone, préoccupent – et c’est le moins que l’on puisse dire – le président de la République, le gouvernement, les pouvoirs publics et la communauté nationale dans son ensemble. Mais certaines solutions proposées par les acteurs pour en sortir ne sont pas toujours de nature à rassurer le Camerounais de bonne foi.Il en est par exemple ainsi du retour au fédéralisme.

Muna, avocat d'une cause perdue

un des acteurs de la crise anglophone

Le président de la République et le gouvernement, ainsi que quelques bonnes volontés se sont activement déployés pour trouver des solutions aux problèmes posés et sortir pour ainsi dire de la crise. A coté de cela, il existe un certain nombre d’individus qui, soit attisent le feu pour que la situation dégénère, soit tentent de tirer les marrons du feu, soit croient détenir la solution magique.

Il y a donc d’abord ces extrémistes : ce sont les instigateurs des villes-mortes ; des espèces de jusqu’au-boutistes qui croient en la partition du Cameroun. Ils réclament un État à eux auquel ils ont déjà trouvé un nom, un drapeau. Ce sont ces agitateurs qui ont perturbé les rencontres entre les délégations gouvernementales et les membres de la diaspora dans un certain nombre de pays.

Avant cela, ils ont tout mis en œuvre pour empêcher le bon déroulement de l’année scolaire et la tenue des examens de fin d’année. Ils ont pour cela profané les emblèmes de la Nation, brulé et cassé des biens et des édifices publics et privés, y compris des écoles et des marchés, usé de menace pour que les enfants restent à la maison, alors que leur place est à l’école. Ils ont intoxiqué l’opinion nationale et internationale.

A côté de ces gens-là, il y en a quelques-uns, plus ou moins de bonne foi, qui soutiennent qu’il y aurait au Cameroun un problème de gouvernance, et qui pensent qu’un retour au fédéralisme serait la solution à tous leurs problèmes.

Mais il ne faut pas être naïf : comme on l’a vu depuis le début de cette crise, on assiste à une surenchère permanente de la part de certains de nos compatriotes. Par la volonté du président Paul Biya, les revendications corporatistes qu’on a enregistrées au début ont toutes trouvé des solutions. Cela est incontestable. Mais cela n’a pas empêché que des préoccupations purement politiques soient posées sur la table. Peut-on vraiment leur faire confiance?

Souvenez-vous de Bamenda et des négociations menées, à l’initiative du chef de l’État, par le Premier ministre, les leaders des syndicats des enseignants et des avocats anglophones. N’a-t-on pas épuisé tous les points inscrits d’accord partie à l’ordre du jour? Les leaders syndicaux n’ont – ils pas attendu que l’ordre du jour soit épuisé pour subitement poser sur la table le problème du fédéralisme?

D’aucuns vous disent qu’il ne faut pas avoir peur du fédéralisme qui n’est qu’une forme pousse de décentralisation. Certes. Mais moi je vous pose la question : le fédéralisme là, ne nous y étions pas déjà? Si c’était si bien, pourquoi en est-on parti?

Dans le contexte actuel, le fédéralisme ne serait-il pas l’antichambre de la partition pure et simple de l’État? Retourner au fédéralisme ne serait-il pas une manière de reconnaître l’échec de notre vivre-ensemble et y renoncer, alors qu’on devrait travailler pour l’améliorer?

En tout état de cause, le président de la République, garant de la Constitution, ne saurait admettre que la Loi fondamentale de notre pays soit foulée aux pieds. Le Cameroun est et demeurera un et indivisible.

J. Daniel