Des récits surréalistes sur la crise anglophone

Un journal nigérian, The Daily Beast a publié un article avec comme titre “Slaughtered Because They Spoke English” (Égorgés parce qu’ils parlaient anglais) qui dépeint de manière absolument surréaliste la situation qui prévaut au Cameroun, en particulier dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.

D’entrée de jeu, il est clair que l‘auteur de cet article, un certain Philip Obaji Jr, a délibérément choisi de faire la propagande des sécessionnistes du Scacuf. Son parti pris est flagrant.

The Daily Beast s’abreuve presqu’exclusivement aux sources de ce mouvement dont il relaie les propos avec délectation. Comme les sécessionnistes, il tente maladroitement de faire créditer la thèse d’un génocide contre les anglophones. Comme eux, il tente de faire croire qu’il y a eu des centaines de morts le 1er octobre dernier. Comme eux, il veut faire croire qu’il y a eu des milliers de personnes arrêtées et déportées.

A lire la description que Obaji fait du Cameroun dans son récit, il y a lieu de se demander si c’est vraiment de ce pays qu’il s’agit. Le titre de son article en dit long sur ses intentions malveillantes. Comment peut-on affirmer que des gens sont tués au Cameroun simplement parce qu‘ils parlent une langue, l’Anglais?

Les scènes décrites dans ce pamphlet relèvent de la pure fiction. The Daily Beast aurait-il voulu tourner un film d’horreur sur le Cameroun, qu’il ne se serait pas pris autrement. Morceaux choisis: “The soldiers were moving house to house, killing every youth they saw.” Des soldats qui allaient de maison en maison tuant tout jeune qu’ils voyaient, écrit Philip Obaji Jr. Ceci ne vous rappelle-t-il pas ce récit biblique selon lequel, Hérode fit tuer tous les enfants de moins d’un an à la naissance de l’enfant Jésus? Qui a vu cela? A qui veut-on faire croire cela?

Il cite avec une complaisance complice des propos attribués à un leader du mouvement sécessionniste qui affirme : “Mass burial graves have been discovered in various locations” (des fosses communes ont été découvertes à divers endroits), mais qui, en même temps soutient : “As they [the soldiers] kill, they take away the corpses so that there are no concrete evidence” (Dès qu’ils tuent, les soldats emportent les corps pour qu’il n’ y ait aucune preuve concrète).

Aucune allusion aux enfants que les activistes empêchent par la violence et la menace d’aller à l’école, aux édifices publics et aux biens publics qu’on brûle, aux villes-mortes qui étranglent l’économie, aux bombes qu’on pose… Tout cela n’est d’aucun intérêt pour Philip Obaji Jr.

The Daily Beast a une idée très particulière du Cameroun. Philip Obaji Jr écrit en effet : “ Cameroon is generally a troubled nation”. Le Cameroun, un pays toujours en troubles… Vraiment, M. Obaji? Connaissez-vous vraiment ce Cameroun qui a de tout temps été cité comme un havre de paix?

Pour étayer cette assertion, l’auteur de l’article fait référence aux terroristes de Boko Haram qui sévissent dans la région de l’Extrême-nord. Curieusement, il s’abstient de dire ce que le mode entier sait, à savoir que ces terroristes-là, c’est du Nigeria, le pays de M. Obaji, qu’ils viennent. Il omet de relever que, alors que Boko Haram a fait son lit au Nigeria, occupant des pans entiers de territoire de ce pays, le Cameroun de Paul Biya n’a, quant à lui, pas cédé un seul mètre carré de son territoire à ce groupe terroriste.

Selon The Daily Beast, des milliers de réfugiés camerounais affluent chaque jour au Nigeria fuyant un pays qui, aux yeux de philip Obaji Jr, est devenu un enfer. Sait-il seulement combien de réfugiés nigérians il y a au Cameroun?

Des récits comme celui de Philip Obaji Jr sont extrêmement dangereux parce que, s’agissant d’une publication étrangère, le lecteur non averti pourrait être tenté de lui accorder du crédit. Mais en réalité, il s’agit purement et simplement de la propagande des sécessionnistes.

 

 

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