Le plaidoyer paradoxal de Mancho Bibixy et Co.

Ils sont accusés d’avoir mis le feu et, au moment de rendre des comptes devant la justice, ils s’improvisent sapeurs-pompiers.  Ils demandent au juge de les libérer pour qu’ils aident le gouvernement à mettre un terme à la crise. Croient-ils pouvoir s’en tirer à si bon prix?

Mancho Bibixy et sept de ses acolytes sont poursuivis par la justice pour leur implication présumée dans les événements qui ont mis le feu aux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest depuis 18 mois. Selon la justice militaire, ils sont poursuivis pour des faits de sécessionnisme, hostilité contre la patrie, outrage à corps constitué et aux fonctionnaires de l’État, dégradation de biens, défaut de CNI

Le sieur Mancho Bibixy en particulier est par ailleurs jugé pour des actes d’apologie de terrorisme, incitation à la révolte. Le ministère public le tient pour celui qui a fait « dégénérer les manifestations corporatistes des avocats et des enseignants en mouvement d’humeur violent. Il aurait distillé, via la radio Akwaba Fm, des messages haineux envers le gouvernement et les ressortissants des régions francophones ».

Mancho Bibixy aurait par ailleurs proféré des menaces envers les personnes qui ne respectaient pas les mots d’ordre de grève lancés à l’époque par le Consortium des avocats, des enseignants, et des transporteurs. Et aujourd’hui chacun de nous peut évaluer l’étendue des dégâts que tout cela a causé…

Ceux qui ont assisté au procès de ces individus le 13 avril 2018 n’en reviennent pas de voir qu’au lieu de répondre des faits qui leur sont reprochés, ils se livrent plutôt à ce qui ressemble à un plaidoyer. Les prévenus demandent au juge de les libérer afin d’« aider le gouvernement à restaurer la paix dans tous les domaines ».

J’observe une petite évolution dans l’attitude de ces prévenus qui, jusqu’ici, on ne sait trop sur quoi ils comptent, ont toujours fait preuve d’arrogance, défiant les autorités publiques. Mieux, de manière implicite, en permettant d’être prêts à restaurer la paix, ils reconnaissent être à l’origine des troubles qui perturbent la paix sociale dans les régions concernées.

Estimant que le problème est « politique », eux qui voulaient passer pour des héros en soufflant sur les braises, demandent maintenant au tribunal de « trouver des solutions politiques afin de sauver (notre) pays de la guerre civile ».  Mais, en filigrane de cette déclaration apparemment teintée de bonne intention et qui arrive un peu sur le tard, il y a en fait une menace, à savoir que s’ils ne sont pas libérés, la situation ne sauraient se normaliser.

Tous, nous voulons éviter à notre pays une guerre civile. Les Camerounais de bonne foi, y compris les populations prises en otages par les sécessionnistes, ne demandent qu’une chose : participer dans la paix et l’unité nationale à l’œuvre de construction nationale. Le président Paul Biya, le gouvernement et l’État s’emploient pour que les choses se passent ainsi.

Il faut cependant dire à tous les intéressés qu’un tribunal n’est pas là pour rendre des jugements politiques. Il doit dire le droit en établissant sans faiblesse les responsabilités des uns et des autres. Il restera aux hommes politiques de jouer leur rôle. Éventuellement.  Mais, Bibixy Mancho et tous les autres ne sauraient en aucun cas s’en tirer à si bon compte. S’ils sont responsables de ce qui leur est reproché, ils devront rendre gorge.

J. Daniel

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