Le gouvernement veut rationaliser la dépense

L’État vache à lait? Nombre d’agents publics et de têtes couronnées de la haute administration ne sont pas loin de le penser. Entre autres, les missions à l’étranger constituent l’une des mamelles nourricières à laquelle l’on s’abreuve sans limites.  Il fallait mettre un terme à cela. C’est ce qu’a entrepris de faire le Premier ministre Chef du gouvernement.

Sous l’instigation du chef de l’Etat, Philemon Yang a en effet signé récemment une circulaire qui règlemente les déplacements en avion, dans le cadre des missions officielles des présidents des conseils d’administration, directeurs généraux et directeurs généraux adjoints des entreprises et établissements publics. Objectif : dépenser moins et mieux.

Le moins que l’on puisse dire c’est que, d’une manière générale, des dérives sont observables dans la gestion des missions à l’étranger. Nombre de hauts responsables, et en particulier les patrons des entreprises relevant du portefeuille de l’Etat, ne se privent pas de la moindre occasion pour effectuer une mission à l’étranger.

Et comme le relève fort pertinemment la circulaire du Premier ministre, la plus-value de certaines de ces missions est loin d’être établie. Dans un pays qui se cherche, pour emprunter au langage des de nos quartiers, le préjudice causé par ces missions est énorme, en même temps qu’il prive les caisses de l’Etat d’importantes ressources qui auraient pu servir à quelque chose de plus utile pour la communauté nationale.

On raconte l’histoire de ce PCA d’une société d’Etat de la place qui devait marier sa fille en Europe. Pour avoir un peu d’argent, il obtint de son DG une mission officielle qui devait l’amener faire le tour des capitales européennes. Ajoutés aux frais de mission qui à eux seuls constituaient déjà une enveloppe suffisamment consistante, il fallait aussi prendre en compte les billets d’avion qui, soit dit en passant, n’allaient pas être achetés puisque le PCA avait besoin de cet argent pour le mariage de sa fille.…

Il faut mettre fin à cette façon de faire et à tous les abus qui vont avec. Cela suppose que les missions à l’étranger, parce qu’elles sont intrinsèquement coûteuses, ne doivent être faites que si cela est absolument nécessaire, si l’entreprise doit y gagner quelque chose. Ça ne doit pas être des faveurs qu’on accorde aux petits amis.

Autre point soulevé par la circulaire du Premier ministre, le train de vie princier que certains responsables de notre haute administration et de nos entreprises publiques mènent à cette occasion. Ils prennent les billets d’avion les plus chers dans les compagnies les plus prestigieuse et jurent de ne jamais voyager par la compagnie nationale. En plus, ils peuvent renoncer à leur extrêmement coûteuse première classe, comme si cela pourrait les empêcher de faire leur travail.

Parfois même, en plus de leurs frais de mission et de transport, ils n’hésitent pas à faire prendre en charge leur séjour, hôtel et restauration, par l’entreprise. Et à peine la première mission est-elle terminée que la seconde est déjà programmée. C’est à croire que leur travail, ces responsables ne peuvent le faire qu’à l’étranger. La situation est aggravée par le fait que le patron décide tout seul, sans requérir aucun accord de quelque hiérarchie…

Or, en plus des engagements que l’Etat prend auprès des bailleurs de fonds internationaux, il est bon qu’il gère rationnellement les quelques ressources dont il dispose pour satisfaire les nombreux besoins des populations. Il en est ainsi des missions comme des commissions mises en place dans les ministères et des marchés que les prestataires gagnent ici et là.

Tout cela doit prendre fin. Il y a lieu de mettre l’accent sur la qualité de la dépense, dépenser moins et surtout mieux. C’est aussi à cela que l’on reconnait la République exemplaire si chère au Président Paul Biya. L’émergence du Cameroun est aussi à ce prix.

Jean Daniel

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