Intégration et multiculturalisme. Le pari de la construction d’un État moderne.

Le défi d’une intégration réussie au Cameroun réside dans la capacité des différents acteurs à faire émerger une nation moderne partant d’une diversité riche d’environ 230 aires culturelles.

Le Cameroun est pluriel. Une diversité multiforme dont la plus marquante s’illustre avec sa mosaïque ethnique formée de 236 groupes, selon le document de stratégie camerounais pour l’intégration nationale. L’histoire nous apprend que cet émiettement ethnique résulte de guerres fratricides parfois entretenues par des velléités coloniales, au sein de communautés jadis intégrées. Pour illustration, Bayangam, commune située dans la région de l’Ouest, aurait été fondée à la suite d’un conflit entre deux frères originaires de la commune voisine, Baham. Ainsi, des similitudes observées au sein des aires culturelles différentes ont permis une classification plus générale, qui laisse apparaitre 5 grands ensembles culturels au Cameroun. Les Bamililé-Bamoun et d’autres groupes au Nord-Ouest dans les plateaux de l’Ouest ; Les bassa, Douala  des forêts tropicales côtières ; les peuples des forêts tropicales du sud incluant les BetiBuluEwondo , Fang, PygméesBaka ; les peuples des régions semi-arides du nord  et les terres centrales incluant les Peuls et le grand groupe des  Kirdi dans le désert du nord et les terres centrales. Les modes de vie variés inhérents à ces communautés pourraient être source de conflit. Cependant, le chantier de l’unité et de l’intégration nationale en œuvre depuis l’époque des pères fondateurs s’attèle au quotidien à faire de ces différences des facteurs de richesses, d’épanouissement, de tolérance et de partage.

Loin de constituer un slogan de campagne comme certains aiment à le clamer, l’intégration est un impératif dans la construction d’une nation moderne. C’est une arme de survie face à la prédation qui caractérise les rapports entre Nations. L’intégration n’est pas un déni des particularités. Elle implique, l’adaptation, l’insertion et vise plutôt à harmoniser les spécificités propres à chaque groupe en un tout cohérent, sans discrimination mais plutôt par la valorisation des caractéristiques qui favorisent la tolérance, la solidarité, la cohésion sociale.  L’intégration suppose l’interaction entre individus ou groupe d’individus. On peut dès lors comprendre pourquoi l’intégration est au cœur des politiques publiques qui s’attèlent à faciliter son acceptation et son appropriation par toutes les composantes de la société. L’intégration est en effet le rendez-vous du donner et du recevoir, et le moteur du multiculturalisme.  En créant des passerelles entre les cultures, l’intégration facilite le dialogue et fait chacun se sentir « chez lui » peu importe où il se trouve. Ainsi, les concepts d’intégration et de multiculturalisme vont de pair, l’un induit l’autre. Le multiculturalisme appelle l’intégration et tous les deux sont essentiels au développement économique.

Corine Alima

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