Quid de l’« anglophonie » au Cameroun ?

Aujourd’hui, des enfants du Cameroun sont pris en otage par de pseudos séparatistes qui, depuis de longs mois, pillent et brûlent des édifices publics et privés, procèdent par des enlèvements et des assassinats d’autorités administratives, militaires et civiles, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, sous le couvert de revendications sécessionnistes. D’aucuns voudraient alors l’affranchissement d’un Cameroun anglophone. Mais qu’est-ce exactement le Cameroun anglophone ?

Avant 1922 et la mise sous mandat britannique du Kamerun, ce territoire est entièrement sous régime de protectorat allemand. Les grandes puissances européennes sont alors dans la course à l’Afrique. On cherche des colonies pour multiplier les gisements de matières premières devant alimenter l’industrialisation galopante de l’Europe en cette fin du 19e siècle. Pendant la Première Guerre Mondiale, les troupes britanniques, belges et françaises utilisèrent le Cameroun comme base militaire et à la fin de la guerre, le pays est placé sous mandat de la Société Des Nations (SDN) qui plus tard, deviendra ONU.

Confié en partie à la France et aux Britanniques, ces derniers diviseront leur territoire en deux Cameroons : le Northern Cameroons et le Southern Cameroons. Après un référendum le 31 mai 1961, le Northern Cameroons décide de s’attacher au Nigeria et le Southern Cameroons reste avec l’ex-Cameroun français. L’on peut donc percevoir tout l’héritage culturel imposé par ce passé colonial et comprendre l’impressionnante présence de ces puissances dans le quotidien des Camerounais à ce jour. Le français et l’anglais sont les deux langues officielles pour ne citer que cet aspect communicationnel. Sur le plan humain, les flux migratoires ont été plus factuels dans la partie anglophone car, avec les luttes d’indépendances, plusieurs peuples du Sud francophone à savoir les Bassa, les Fangs-Bétis et autres Tikars se retrouveront dans le Mungo et les régions anglophones pour se réfugier, pourchassés par les forces républicaines.

Plusieurs traits socio-anthropologiques hérités de cette période historique sont bel et bien visibles au Nord-Ouest et au Sud-Ouest. Des noms aux pratiques culturelles et rituelles, ils ont tout gardé dans une quasi-parfaite authenticité. Juste la langue officielle les différencie de ceux des leurs restés en zone francophone. Alors, si les familles sont les mêmes, au nom de quelle différence d’aucuns prendraient des armes contre d’autres ? Pourquoi diviser un territoire jadis uni, juste parce qu’une partie de la population est partie sous coloration britannique lors d’un bref épisode historique ? Personne n’est dupe.

Serge Biyina

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