Diplomatie. Le multilatéralisme du Président Biya dérange.

Pour le Chef de l’État, le Cameroun n’est pas la chasse gardée d’une nation.

Marlyse Abeng

On n’a pas fini d’épiloguer sur la curieuse sortie du diplomate américain,  tant elle a dénoté non seulement d’une arrogance à peine voilée mais surtout d’une frustration….qui nécessite que l’on s’interroge. En effet, avec du recul et en prenant en compte les dernières activités diplomatiques du Cameroun, on pourrait mieux comprendre la déception du diplomate qui a  fidèlement traduit le sentiment de Washington. Les superpuissances sont en effet dans une guerre  d’influence qui se reflète  sur le terrain par la conquête de nouveaux espaces propices à l’expansion de leur domination culturelle, économique, militaire, politique. Le Cameroun qui jouit de nombreux atouts naturels, géographiques, démographiques est au centre de nombreuses convoitises. Or, Par ses choix diplomatiques, le Cameroun n’a jamais fait allégeance à une quelconque influence. Déjà, en pleine guerre froide, le Cameroun a opté pour le non alignement, nouant  sans complexe, des rapports cordiaux avec les Etats-Unis, la France, les pays de l’ Europe socialiste, et même les nations communistes. Un choix assumé pour le multilatéralisme qui a fait dire au Président Paul Biya que « Le Cameroun n’est la chasse gardée de personne ». La diplomatie camerounaise est au service de sa population. Les choix de coopération s’opèrent sur la base de leur rentabilité et de leur plus-value sur la vie des  populations camerounaises.

C’est cette philosophie qui encadre la riche coopération que le Cameroun entretient avec la Chine. Une coopération jugée exemplaire au regard des retombées. Le géant chinois est impliqué dans de nombreux projets d’envergure au Cameroun. La dernière visite du Président Paul Biya en Chine en mars dernier a élargi le champ des perspectives avec cinq nouveaux accords signés pour la construction d’infrastructures, la coopération industrielle et la  technologique renforcée. Désormais, le géant asiatique est le premier  pays investisseur étranger au Cameroun. Un palmarès qui suscite incontestablement des jalousies et des convoitises entre les superpuissances. L’offensive russe au Cameroun, est également de nature à irriter Washington, tant leurs antagonismes sont visibles à l’échelle mondiale.

Les axes de partenariats avec la Russie sont divers. Sur le plan militaire ce pays de l’Europe de l’Est a à plusieurs reprises prouvé sa solidarité au Cameroun. En 2015, au plus fort de la guerre contre Boko Haram, la Russie a fait don du matériel militaire à l’armée camerounaise. Sur le plan économique, elle est impliquée   dans le projet de production de gaz naturel liquéfié sur usine flottante à Kribi, une technologie innovante et inédite dans le monde. On pourrait écrire des tomes sur le dynamisme de la diplomatie camerounaise, tant ses partenaires sont variés et se recrutent dans toutes les tendances. Et aujourd’hui, à l’analyse des propos de l’ambassadeur américain au Cameroun, on peut aisément comprendre que les Etats-Unis ont hâte de voir arriver à la tête du Cameroun, un autre interlocuteur qui va leur assurer l’exclusivité ou du moins une place prépondérante dans ses partenariats et pourquoi pas leur garantir une base militaire.

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