Cameroun-USA : Les tâtonnements de la diplomatie américaine

De Niels Marquardt à Peter Henry Barlerin, en passant par J.Garvey et Robert P. Jackson, la question de la succession du président Paul Biya est quasi obsessionnelle  chez les ambassadeurs américains  au Cameroun.

Anais Foumane

Le dérapage de l’ambassadeur Henry Barlerin n’est qu’un de plus parmi tant d’autres, à la seule différence que ce diplomate contrairement à ses prédécesseurs, a fait fi  des usages diplomatiques et s’est cru permis de communiquer sur le Cameroun, comme s’il était question du Somaliland. Avec un peu de recul, son attitude s’explique. L’ambassadeur s’inscrit simplement dans le paradigme de celui qu’il représente. La rhétorique diplomatique du Président Trump étant plutôt conflictuelle. Ceci dit, en remontant dans le temps, on peut réaliser que  la question de l’« héritage » ou de la « succession du Président Paul Biya » est quasi obsessionnelle chez les diplomates américains. Dans des notes confidentielles transmises à sa hiérarchie et  révélées au grand jour par les câbles wikileaks de Julian Assange, l’ambassadeur Niels Marquardt en fonction au Cameroun entre 2004 et 2007, faisait déjà des pronostics. Le commentaire du diplomate sur l’élection présidentielle de 2011 commençait ainsi : « Le questionnement  compliqué de Biya sur l’héritage qu’il va laisser suggère la question de savoir qui sera candidat à la présidence ? » En effet dans les rapports entre pays, rapports régis par les intérêts et la loi du plus fort, il est primordial de savoir avec qui on va dealer. L’ambassadeur poursuit son commentaire en déclarant que « nous pensons qu’aucune prédiction ne donnerait Biya essayant de chercher un mandat additionnel » et il conclut en affirmant joyeusement : «ceci augure une opportunité aux camerounais d’élire un nouveau président en 2011. » Bien vu M. le diplomate car, les camerounais ont justement eu cette opportunité en 2011 et ont élu dans un suffrage transparent, libre et en toute souveraineté,  leur président en la personne de Paul Biya.

Avec l’ambassadrice Janet Garvey, celle qui succède à Niels Marquardt en 2007, le Cameroun aura également son lot de déclarations surprenantes. Notamment sur  la qualité la coopération sino-camerounaise, peu appréciée par les camerounais et leur président selon elle. Certains câbles wikileaks parus en 2013, rapportaient également que L’ambassadrice Janet Garvey dans des notes datant de février 2010, aurait rassuré Washington de ce que le Président Biya songeait à sa retraite et comptait profiter de son temps libre pour visiter l’usine d’automobile de Détroit et  satisfaire ainsi sa passion des voitures. Une autre mauvaise lecture. Son Successeur Robert P.Jackson, ne fera pas preuve de plus de clairvoyance. Ses notes à Washington rédigées sur la base d’un entretien avec l’ancien Ministre Marafa Hamidou Yaya et  publiées par wikileaks révèlent que «  Le Cameroun n’aura pas d’élections présidentielles, comme prévu, en 2011 ou, les élections, si elles se tiennent, seront si mauvaises que personne ne les croira ». Depuis l’époque, les présidents chinois et camerounais ont multiplié les visites d’Etats. La chine est le premier investisseur étranger au Cameroun. Les électeurs ont choisi de faire confiance à Paul Biya en 2011 et depuis plusieurs mois, des motions de soutien appellent à une nouvelle candidature de celui-ci pour la présidentielle de 2018. Dès lors, certains évènements s’expliquent. Les américains ont de plus en plus du mal à contenir leur frustration et à cacher leur inaptitude évident à faire une bonne analyse prospective. Aujourd’hui, la crise dite anglophone représente un peu l’occasion que ceux-ci n’espéraient plus. Cependant, le Cameroun demeure un Etat souverain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *