Ingérence de l’ambassadeur des États-Unis. La riposte des Camerounais

De nombreux membres de la classe politique et la société civile tiennent à appeler au respect des institutions du pays et de celui qui les incarne au plus haut niveau, le président de la République, Paul Biya.

Marlyse Abeng

« Nous ne voulons pas d’ingérence des USA au Cameroun ». Ces propos de l’opposant Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle traduisent le sentiment général des Camerounais depuis la sortie de l’ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun. Peter Henry Barlerin a passé outre les règles qui régissent le fonctionnement des relations diplomatiques entre les Etats en conseillant à Paul Biya de passer la main lors d’un entretien à lui accordé le 17 mai 2018. Pourtant, les dispositions de l’article 41, alinéa 1 de la Convention de Vienne du 18 avril 1961 sur les relations diplomatiques, ratifiée par le Cameroun et les Etats-Unis d’Amérique précisent que  « Sans préjudice de leurs privilèges et immunités (dus aux diplomates, Ndlr), toutes les personnes qui bénéficient de ces privilèges et immunités ont le devoir de respecter les lois et règlements de l’Etat accréditaire. Elles ont également le devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de cet État ».

C’est ainsi que les Camerounais, de divers horizons, ont tenu à appeler au respect de ces principes et règles qui régissent les rapports entre notre pays et ses partenaires extérieurs, de même qu’ils entendent réaffirmer leur primauté dans le choix de leurs dirigeants. Ils appellent par ailleurs « les représentants des pays amis du Cameroun à ne pas s’immiscer dans les affaires internes et outrepasser leur rôle », écrit Cameroon Tribune. « L’alternance au sommet de l’Etat au Cameroun ne peut être également un rêve de quelque puissance étrangère. Elle doit rentrer dans le cadre des interactions entre acteurs politiques locaux. L’ambassadeur américain au Cameroun n’est pas et ne saurait être le deus ex machina attendu par tous ceux qui porteraient le projet d’un changement à la tête de l’Etat », soutient Germain-Hervé Mbia Yebega, politologue camerounais. Ce dernier poursuit que « La déclaration du diplomate américain participe de la quadrature du cercle à laquelle sont tenus les Camerounais mais non à quelque immixtion d’une tierce puissance dans ce processus d’alternance spécifique, dont les mécanismes de la mise en œuvre semblent leur échapper ».

Le politologue analyse lui aussi, la sortie de Peter Henry Barlerin, au centre d’une polémique au Cameroun. D’après lui, compte tenu de la présence grandissante des Etats-Unis dans le Golfe de Guinée (particulièrement au Cameroun), le pays de Donald Trump a intérêt à se montrer plus attentif à l’environnement socio-politique dans ces zones. « Faute de le susciter, les Usa doivent accompagner tout processus tendant à créer les conditions générales d’un débat politique et citoyen serein au Cameroun. Cet investissement, dans le temps, implique une connaissance suffisante du substrat historique, socio-anthropologique et politique du Cameroun. Le déroulement de la vie politique d’un pays n’est pas circonscrit à l’organisation exclusive d’une élection présidentielle. Quant à l’opposition camerounaise, elle devrait mieux se penser, se structurer et se projeter. Elle est loin de constituer, pour le moment du moins, une alternative sérieuse, à la forme d’alternance à laquelle elle-même aspire », déclare Germain-Hervé Mbia Yebega.

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