Lutte contre Boko Haram. L’apport décisif de la technoguerre

La lutte contre le terrorisme n’a pas de secret pour le Cameroun. La performance de son armée face à Boko Haram résulte aussi d’une bonne maitrise et d’un usage efficient des NTICS dans le déploiement sur le terrain.

Anaïs Foumane

Dans la guerre contre Boko Haram, on a souvent salué la vaillance des comités de vigilance qui dans un élan patriotique prêtent main forte aux Forces de défense et de sécurité. On a aussi vanté le professionnalisme de l’armée camerounaise, aguerrie et très au fait des principes du droit international humanitaire. On a peu fait état de l’apport inestimable des technologies avancées dans cette guerre contre l’invisible. Le concept de l’asymétrie qui trouve du contenu dans les nouvelles menaces sécuritaires notamment le terrorisme impose une approche de la guerre qui allie méthodes traditionnelles ou rustiques et technoguerre. La menace insidieuse Boko Haram a rapidement imposé aux forces combattantes la nécessité d’innover. Innovation stratégique, opérationnelle mais aussi dans les moyens utilisés. L’entrée en scène des drones  dès 2015, a profondément changé le visage de cette guerre.  En effet, selon un officier supérieur de cette armée, de 2014 date qui marque le début officiel de cette guerre jusqu’à 2015, les capteurs humains constituaient la seule source de renseignement face à un ennemi sans visage. A plusieurs reprises il a été fait état d’un kamikaze qui a pu se fondre dans la foule afin d’y perpétrer sa sale besogne, ces terroristes avancent à visage découvert et il faut un niveau de vigilance élevé pour extirper l’ivraie des bonnes graines. La méthode traditionnelle de renseignement  dans ce contexte est à risque, compte tenu  aussi de l’imprévisibilité de la nature humaine. Même si cette approche rustique a porté des fruits elle n’a pas toujours été fiable.

Dans la guerre contre le terrorisme, il ne suffit plus d’être bien armé, il faut surtout avoir la capacité de discerner et d’anticiper.  Ainsi,  la mise en service du « Scan eagle » (drone de patrouille) dès 2015 a élargi le champ des possibles. L’observation aérienne grâce  à ce dispositif technologique  a fait passer l’armée camerounaise d’une posture défensive à une attitude offensive. Ces patrouilles quotidiennes ont notamment renseigné sur les modes opératoires des terroristes, leurs couloirs d’infiltration en territoire camerounais et aussi sur leurs bases. Des renseignements d’une grande valeur qui ont donné lieu à d’importantes opérations transfrontalières en liaison avec l’armée nigériane et la Force multinationale mixte. Pour les autorités militaires, le visage de cette guerre n’aurait  pas été celui qu’on lui connait aujourd’hui sans la mise à contribution de ces nouveaux moyens de renseignements. Même si elle ne remplace pas le renseignement humain, l’observation aérienne par drone est essentielle, elle apporte la précision requise dans des opérations qui peuvent souvent causer de nombreux dégâts collatéraux. Le recours à la technoguerre est un autre exploit qu’il faut reconnaitre à l’armée camerounaise. Une armée qui fait montre d’une extraordinaire capacité d’adaptation et d’une résilience à toute épreuve. Le reporter de guerre Erwan de Cherisey, un habitué des théâtres du conflit Boko Haram, a salué cette maitrise parfaite de la technoguerre par l’armée camerounaise, une armée qui sort des clichés anarchiques qu’on colle systématiquement aux armées africaines. Cet exploit s’inscrit surtout dans la logique de la grande réforme initiée dès 2001 par le chef de l’Etat, et qui mise sur la modernisation, l’équipement et la professionnalisation de l’armée camerounaise.

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