Mouvement sécessionniste. Entre hérésie, mauvaise foi et manipulation

Une plainte contre le Washington Post !  C’est l’une des dernières trouvailles des sécessionnistes dans le combat anarchique et insurrectionnel qu’ils mènent dans les régions du Nord-ouest du Sud–ouest.

Anaïs Foumane

Ce n’est pas tant la démarche qui choque, elle serait légitime si les faits, objet de la plainte, étaient fondés et avérés. L’inquiétant dans cette approche c’est justement le manque de  pertinence  des faits qui sont reprochés au quotidien américain et qui témoigne une fois de plus que ces sécessionnistes sont embarqués dans un véritable délire. Le contenu de la lettre accompagnant la plainte publiée sur le site de propagande Bareta.news n’est en réalité qu’un ramassis de contre-sens et de mensonges. À l’initiative de la plainte contre le Washington Post pour un article que ce journal a publié en date du 30 mai, il ya le Mouvement pour la restauration de l’indépendance du Cameroun meridional (Morisc). Ntumfoyn Boh Herbert porte-parole de ce mouvement  accuse le journal de déformation de faits historiques et de récit unilatéral  dans son reportage intitulé « La prochaine guerre civile en Afrique pourrait être au Cameroun », « des éléments qui reflètent carrément la propagande Biya vendue à l’international », s’insurge le porte-parole. Un contre-sens quand on sait que sur la même plateforme et sur toutes les autres prises d’assauts par ces sécessionnistes et leurs suppôts, ils  se vantent au quotidien du soutien dont il bénéficie de cette même communauté internationale. La lettre plaintive reproche au journal d’utiliser le terme « régions anglophones » pour désigner un territoire qui s’appellerait « ambazonie ». Si le terme « régions anglophones » renvoie à une réalité coloniale qui aujourd’hui n’est plus pertinente au regard du niveau d’intégration atteint dans toutes les 10 régions du Cameroun, l’appellation ambazonie, elle,  ne se justifie ni d’un point de vue historique, juridique,  encore moins constitutionnel. Ce détail est d’autant plus ridicule que la dénomination du  mouvement  parle de restauration de l’indépendance du « Cameroun méridional » et non de l’ « ambazonie » ! Entre autres accusations, les sécessionnistes estiment que le journal choisit de se concentrer sur les symptômes qui sont la « marginalisation, l’assimilation et le mal gouvernance » et ignore volontairement les faits qui se résument en la « recolonisation de l’ambazonie » par une guerre d’ « annexion ». Véritable hérésie, ou mauvaise foi notoire, car s’il est vrai que ces activistes réclament vainement une partition du Cameroun, il reste surtout indéniable que le Cameroun est un Etat unitaire, composé de 10 régions et doté de deux langues officielles. De ce fait,  un organe médiatique qui se réclame d’une certaine rigueur et professionnalisme,  ne saurait pousser le vice et parler de « recolonisation d’ambazonie », aucune base légale ne l’autorisant. De même, que lorsque le Washington Post désigne ces activistes sous le terme de « séparatistes » plutôt qu’« indépendantistes », le journal est conforme aux faits. On pourrait reprocher au Washington Post de dessiner le diable sur le mur en prédisant une énième guerre civile en Afrique ; cependant, c’est faire preuve de mauvaise foi que d’exiger de ce journal l’usage d’expressions que rien ne consacre et une distorsion des faits historiquement établis. Dans leur démarche hérétique,  les sécessionnistes ont choisi de croire  que l’histoire du Cameroun ne commence qu’avec les indépendances en 1960 et 1961, mais ils ne peuvent imposer cette histoire tronquée à toutes les consciences. Même le Washington Post sait que les dates de 1960 et 1961, ne sont qu’une étape dans la marche unitaire, une revanche sur le  préjudice causé par la partition franco-britannique.  La revendication  sécessionniste  est  de ce fait une imposture et un déni de la vraie histoire du Cameroun et cette  plainte contre le  Washington Post relève simplement de la manipulation.

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