Mouvement sécessionniste : un projet politique aux antipodes de la mutualisation

Les grands regroupements sont gage de durabilité dans un contexte international agressif

Anaïs Foumane

À l’heure où les effets pervers de la mondialisation tendent à prendre le pas sur les solutions qu’elle était censée apporter, menaçant d’asphyxier les micro-entités, la mutualisation de tous les efforts s’impose aux esprits avisés comme un rempart durable, la condition sine qua non de survie. Au-delà des frontières camerounaises, c’est tout le continent africain qui milite en faveur d’un regroupement plus effectif des nations, de manière à faire entendre une voix forte qui jouerait sa partition dans le concert des nations. L’activation récente de la zone de libre-échange continentale traduit cette volonté d’intégration. De même, les nations européennes ont fait de l’unité de leur continent une priorité dans les politiques nationales. Cette mise en perspective, permet de questionner la pertinence d’un projet de partition du Cameroun en deux États. Outre les contraintes que cela créerait dans la circulation des personnes et des biens, cette partition servirait davantage les intérêts des grandes puissances qui n’ont jamais perdu leur appétit pour de nouveaux espaces d’influence. Les potentialités économiques des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest sont intéressantes, tout comme à l’Est, au Sud ou encore dans le septentrion. Cependant, ces deux premières régions, à la différence des huit autres,  ont la particularité d’avoir hérité de la colonisation, une langue différente. La différence linguistique est de ce fait  ridiculement agitée comme motif de sécession. Une sécession qui permettrait  aux pays friands de matières premières, d’avoir un contrôle sur les ressources naturelles de ces régions. Ce contrôle des ressources n’est pas souvent sans conséquence pour les pays.

Le cas de la République  du Soudan du sud est très illustratif. Le plus jeune État d’Afrique a obtenu la séparation d’avec le Soudan en janvier  2011. Depuis 2013, le Soudan du sud est plongé dans une guerre fratricide qui n’en finit pas. Les États-Unis sont d’ailleurs un acteur majeur de ce conflit, tout comme ils avaient soutenu le projet de partition initiée par le Soudan du sud. Si la partition était  une solution aux problèmes socio-économiques des communautés, il y a longtemps que les deux Soudan auraient renoué avec la paix et la croissance. Même avec ses 28 États,  l’État fédéral  du  Soudan du Sud peine à trouver le bon bout. De nombreuses milices armées animées par des chefs de guerre qui crient à la marginalisation de leurs ethnies ou communautés ont créé le chaos dans ce pays.  Un pays  désormais sous la menace d’une résolution de l’ONU initiée par leur allié de la sécession…Il y a toujours des raisons de se séparer, ou de susciter des divisions. Comme pour dire qu’un État fédéral formé des régions du Sud-ouest et du Nord-ouest du Cameroun, ne serait pas plus uni et prospère, même en tenant compte de l’héritage colonial commun. Les disparités culturelles, économiques, géographiques de ces régions donneraient rapidement lieu à d’autres motifs de marginalisation et c’est dans ces interstices qu’iront s’implanter le virus de  la séparation vicieusement inoculé par ceux qui maitrisent l’art de diviser pour mieux piller.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *