Crise Nord-Ouest Sud-Ouest : la sécession et après ?

Au regard de la complexité culturelle du Cameroun, l’aboutissement du projet sécessionniste serait suicidaire pour cette nation.

Anaïs Foumane

On veut bien garder son calme et témoigner du respect face aux frustrations réelles ou supposées, justifiées ou exagérées des uns et des autres. Mais il est un moment où il faut souligner l’absurdité du projet de sécession dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Partons tout d’abord du mobile qui est la langue. Une langue importée qui s’est imposée aux communautés alors qu’elles avaient déjà des siècles d’existence. Choisir de s’identifier à la langue de Shakespeare ou de Molière, c’est renier toute l’histoire précoloniale, c’est renier même jusqu’à sa propre identité. La langue est un pont qui relie les peuples et au Cameroun, l’anglais et le français sont des passerelles entre des cultures ancestrales. L’histoire du Cameroun ne saurait se résumer à la partition franco-britannique et encore moins aux indépendances de 1960 et 1961. Cette histoire est millénaire, et les populations ont le devoir de lui rendre hommage. On peut dès lors questionner la viabilité ou la pertinence d’un projet de sécession au Cameroun.

Sur le plan politique et dans une moindre mesure sur un plan administratif, il est facile de l’envisager. Les « ambazoniens » obtiendraient  gain de cause et déclareraient l’indépendance des anciennes régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.  Et la voilà la République fédérale d’ambazonie ! Mais dans les faits, et d’un point de vue sociologique surtout, comment se vivrait une partition du Cameroun ? Malgré les critiques, l’intégration au Cameroun est bien amorcée.  D’ailleurs, aujourd’hui, désigner certaines régions comme étant anglophones ou francophones au-delà d’être anticonstitutionnel, relève simplement d’un réflexe colonial.  L’exode de part et d’autre des rives du Mungo a favorisé de belles expériences d’intégration entre les populations. Il est à noter d’ailleurs qu’il y a plus de populations originaires de ces deux régions qui vivent en dehors du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qu’il y en a dans celles-ci. Les migrations scolaires, académiques professionnelles sont une réalité quotidienne. Les facultés des universités de Yaoundé 1 et 2, de Douala, de Dschang, de N’Gaoundéré etc. sont sollicitées par de jeunes étudiants issus des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. De même, les structures universitaires de ces régions et des écoles du cycle secondaire sont pris d’assaut par les jeunes venant de Monatélé, de Bayangam, ou de Moutourwa. Ces métissages scolaires et académiques débouchent naturellement sur des expériences de vie plus personnelles. Les cellules familiales se construisent dans la diversité, les mariages interethniques sont même devenus la tendance. Les obligations professionnelles ont conduit des jeunes originaires des hauteurs de la  Mezam dans la plaine du Diamaré. La mobilité au Cameroun est riche et ce pays est devenu un véritable  melting pot. Face à cette réalité, le projet d’une partition est simplement suicidaire. Ce projet est inconséquent et  découle d’esprits peu avisés qui ne se soucient que de satisfaire des intérêts personnels. Et comment en serait-il autrement ? Quelle vision prospective peut-on attendre d’un mouvement qui s’appuie sur la manipulation, le mensonge pour faire prospérer sa philosophie ?  Un mouvement qui recrute des jeunes à peine sortis de l’enfance pour en faire des combattants ? Les images de ces enfants-soldats circulent. Paul Biya est un apôtre de la paix et gère la situation avec tact, sans être réfractaire au dialogue. La preuve, la commission « Musongue » sillonne les régions en crise et écoutent. Il y a un capitaine dans le bateau, le cap sera donné pour éviter les houles et le mauvais temps, mais chacun doit apporter du sien.

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