Mouvement sécessionniste. Quand la Grande Bretagne tente de réparer un préjudice historique

Dans leur tentative d’amputer une partie du territoire camerounais, les sécessionnistes sont butés à la tempérance des britanniques.

 Anaïs Foumane

Le 6 juin 2018, la bibliothèque britannique de la Chambre des communes a publié un document d’information numéro 8331, intitulé «La crise anglophone au Cameroun». Le document est structuré en 5 sections : Aperçu, histoire et héritages, principaux développements en 2015-17, événement en 2018, les perspectives d’avenir, et la réponse des gouvernements occidentaux. Ce type de  document fondé sur des preuves et généralement impartial selon  le service de recherche de la bibliothèque de la Chambre des communes, permet aux législateurs  de comprendre les tenants et les aboutissements d’une crise, afin d’agir dans le sens d’une solution pacifique et durable. De façon globale la chambre des communes britannique préconise une solution politique par un débat sur le fédéralisme. Une position que contestent les sécessionnistes qui estiment que la Grande Bretagne n’a pas suffisamment d’indicateurs pour déboucher sur cette solution.

En effet, dans ses analyses, le document souligne qu’”Il est impossible de dire combien de personnes dans les deux régions anglophones soutiennent la sécession. La majorité serait probablement encore satisfaite par un retour à un fédéralisme significatif. Mais, bien qu’il y ait eu un remaniement ministériel il n’y a pas longtemps, rien n’indique que le gouvernement central soit prêt à sérieusement envisager de restaurer un système politique qui s’approche du fédéralisme. ” Les sécessionnistes  estiment en effet qu’en l’absence de chiffres, la Grande Bretagne ne peut simplement pas affirmer que la majorité est en faveur du fédéralisme. Ces derniers pensent d’ailleurs que la tendance est plutôt contraire et s’appuient pour le dire, sur les manifestations du 22 septembre et du 1er octobre 2107, qui ont eu lieu dans ces deux régions.

Toutefois, ce que les sécessionnistes refusent de reconnaitre, c’est qu’ils rament à contre-courant de l’histoire. La partition du Cameroun suite à la défaite de l’Allemagne dès 1916, s’est décidée entre la France et la Grande Bretagne, le traité de Versailles a simplement validé un projet préconçu. Aussi, et comme le soulignait le tout premier ministre des Affaires étrangères du Cameroun Charles Okala lors d’une conférence de presse en 1961, “Dès 1948, naquit dans l’esprit des camerounais le souci d’une réunification qui devait amener le Cameroun à son entité d’avant 1914, et l’une des raisons qui militaient pour cette réunification est que le Cameroun a été divisé d’une façon arbitraire  sans aucune consultation des populations intéressées…” Cette conférence de presse qui s’est tenue à l’époque après le referendum contesté du 11 février 1961, soulignait le rôle trouble de la Grande Bretagne dans ce que les élites de l’époque ont qualifié de mascarade. Le référendum qui a vu le Cameroun septentrional rejoindre l’Etat fédéral du Nigéria a été contesté aussi bien par les populations de cette partie, que par les élites du Cameroun oriental que celles du Cameroun méridional. Les manipulations  de la grande Bretagne ont sauté aux yeux de tous, et le 1er juin 1961 qui marquait le rattachement officiel du Cameroun septentrional au Nigéria, Le président Ahmadou Ahidjo a déclaré un deuil national parce que le Cameroun venait de perdre 800.000 de ces enfants.  Ainsi, pour avoir œuvré à la partition du Cameroun en 1916, pour avoir comploté pour le rattachement d’une partie du Cameroun d’avec le Nigéria en 1961, La Grande Bretagne sait qu’elle est redevable au Cameroun et ne saurait ouvertement soutenir un projet de sécession.

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