Mouvement sécessionniste. Un projet politique sur fond de repli identitaire

Une cause politique qui se nourrit du repli identitaire peut-elle prospérer au Cameroun? L’histoire nous répond. 

Anaïs Foumane

La Construction de l’Etat unitaire a animé les premières heures de la vie politique du Cameroun. Et pour cause, à côté de la quête de l’indépendance, de la lutte commune aux peuples africains au milieu du XXe siècle, les peuples du territoire Cameroun avaient à cœur de reconstituer leur territoire, de retrouver des frères séparés par les soubresauts de la colonisation. Même dans leur dénomination, les partis politiques qui se constituèrent de part et d’autre du fleuve Mungo ont mis un point d’honneur à valoriser l’entité nationale plutôt que de s’appesantir sur des considérations ethniques ou culturelles. Au Cameroun oriental sous mandat français, dès 1948, il y’a l’Union des populations du Cameroun (UPC) dont le combat visait l’indépendance des deux territoires et leur réunification. Au Cameroun méridional, la tendance n’était pas différente. En 1949 le Dr Endeley, créait le Kamerun national congress, par la suite Nerius Mbilé et Dibongue fondèrent le Kamerun united national congress en 1950. Cinq ans plus tard soit en 1955, John Ngu Foncha mettait sur pied le Kamerun national democratic party. Tous ces partis s’accordent sur deux points, l’indépendance et la réunification des deux Cameroun. Et même, après avoir été interdit au Cameroun oriental, le 23 juillet 1955, l’UPC va continuer de mener son action dans le Cameroun méridional notamment dans les zones de Tombel et Kumba, en 1957. Il y est également interdit et accusé d’actes de terrorisme. Toutefois, les dénommés Nde Ntumazah et Bidjocka, pour remplacer l’UPC dans cette partie du Cameroun vont créer le One kamerun party.

Ces éléments historiques permettent  d’affirmer que la cause unitaire est l’essence des mouvements politiques au Cameroun. Cette cause préexiste à la conférence de Foumban et aujourd’hui encore elle est le leitmotiv de nombreuses formations politiques. Aussi, tout projet politique qui prône la division, qui s’appuie sur des considérations ethniques ou culturelles, n’a aucune chance de prospérer. Les revendications sécessionnistes sous le prétexte d’une différence linguistique sont  une imposture au regard de l’histoire et de la sociologie du Cameroun. Ce projet   est davantage à décrier car aujourd’hui, outre la différence de langue, ce courant tend à créer d’autres divisions entre ethnies. On illustrera ce point de vue avec l’extrémisme violent de l’écrivain Patrice Nganang, dont les postures stigmatisent la communauté Bulu et appellent ouvertement au génocide. L’aboutissement du projet sécessionniste marquerait le début d’une véritable guerre civile au Cameroun. On peut également s’interroger comme ce témoin qui s’exprime dans le dernier rapport d’International Crisis Group sur la “crise anglophone” paru ce 11 juin, « Comment est-ce qu’on peut vouloir gouverner, si  leur objectif est celui de violenter ces populations ? Les populations sont un peu prises en otage. » L’aboutissement du projet sécessionniste marquerait en effet le début d’une véritable chasse “aux sorcières” dans un cycle de violence sans fin. L’histoire est également là pour nous rappeler que, contrairement à tout ce qui est dit sur l’entente de Foumban, il n’y a jamais eu de duperie. L’activisme politique au Cameroun oriental et méridional depuis les années 1940 s’est nourrie de l’idéal unitaire,  et aujourd’hui encore c’est ce même idéal qu’il faut préserver pour un Cameroun émergent.

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