Lutte contre le terrorisme. Deux poids deux mesures ?

Al-Qaeda, Boko Haram, El Shebab et bien d’autres groupes terroristes, font l’objet d’une lutte acharnée qui mobilise les Etats et justifie la mise sur pied d’unités combattantes parmi les plus aguerries au monde. Cependant, le mouvement sécessionniste au Cameroun, dont les modes opératoires relèvent essentiellement du terrorisme, bénéficie d’une grande complaisance de la part de la communauté internationale.

Anaïs Foumane

C’est généralement à coup de sommets et de résolutions que le monde se met en ordre de bataille contre des grands groupes terroristes qui nuisent à la stabilité des Etats dans le monde. Contre Boko Haram, il y a eu des rencontres internationales, il y a surtout eu le rendez-vous de  Paris le 17 mai 2014 où les Nations géographiquement concernées et la France ont ouvert un front de guerre. Le G5 sahel s’échine à mettre hors d’état de nuire AQMI et tous les groupes radicaux qui pullulent dans le sahel. Des groupes terroristes pour lesquels la condamnation est unanime, peut-être faudrait-il y voir la coloration religieuse de ces groupes terroristes qui se revendiquent tous d’un certain islamisme radical…Pourtant dans sa définition, le mot terrorisme ne renvoie pas systématiquement au fait religieux. C’est  l’emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique  (attentats, destructions, prise d’otages). Ainsi suivant cette définition, peut-on exclure le courant sécessionniste  de la doctrine terroriste ? Un Mouvement  qui est passé maitre  dans l’art du recours à la violence injustifiée dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun ?

Le monde est témoin de la transformation radicale des revendications initialement socio-corporatistes en contestations politico-sécuritaires.  Des mutations qui se sont faites malgré la volonté du gouvernement à apporter des solutions aux problèmes soulevés dès les premières heures de cette crise.  Les marches de grève ont très tôt débouché sur des  actes de désobéissance civile avec l’instauration  du phénomène des villes mortes. Dans les bureaux comme dans les écoles, travailleurs et élèves devaient obligatoirement observer ces journées de ville morte sinon ils subissaient toute sorte de violences. Les derniers mois de l’année 2017, ont été témoin d’une violence inhabituelle avec des attentats commis au sein d’établissements scolaires, des incendies déclenchés dans  des marchés, ainsi que des assassinats d’éléments de force de défense et de sécurité. Entre kidnappings et assassinats, des civils  ont payé très cher le prix de leur attachement aux valeurs républicaines  La réponse du gouvernement a dû s’adapter pour protéger les populations prises en otage par l’intimidation violente des sécessionnistes.

Face à ce qui est désormais  convenu d’appeler terrorisme, on peut légitimement questionner la position ambiguë de la communauté internationale. Le terrorisme s’applique-t-il simplement quand il est question d’extrémisme religieux, ou alors prend t-il en compte toute formes de revendication politique  qui s’exprime par la violence ?  En quoi le mouvement insurrectionnel et terroriste Boko Haram qui rêve d’instaurer un califat sous fond de charia est-il plus inquiétant qu’un groupuscule d’individus qui veut unilatéralement créer un Etat au sein d’un autre Etat sur la base d’une différence linguistique ? Bien que ces crises se déroulent dans des aires culturelles différentes, les modes opératoires sont les mêmes. Jusqu’ici mis à part quelques  appels au calme timidement lancés par certains acteurs internationaux qui veulent se donner bonne conscience après avoir tiré dans l’ombre les ficelle pour encourager la radicalisation, on attend toujours une mobilisation sérieuse de la communauté internationale contre ces actes terroristes perpétrés dans les régions du Nord-ouest  et du Sud-ouest.

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